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Ouïghours : comme Huawei, Alibaba se retrouve dans la tourmente

Publié le

par Corentin Jouathel

(Photo by Visual China Group via Getty Images/Visual China Group via Getty Images)

Le site de commerce en ligne est suspecté de complicité dans les répressions en cours.

Ethnie musulmane minoritaire en Chine, la communauté ouïghoure fait l’objet d’impitoyables persécutions par le régime politique pékinois. Internement, réduction en esclavage, rééducation forcée, stérilisation… : les accusations et leur gravité ne cessent de s’accumuler depuis plusieurs années.

Pour conduire cette politique coercitive, l’État chinois mettrait à contribution ses colosses du numérique. Ce serait notamment le cas du géant des télécommunications Huawei. Depuis la semaine passée, l'entreprise est soupçonnée d’avoir élaboré un dispositif de reconnaissance faciale permettant d’incriminer spécifiquement les Ouïghours. Ces accusations avaient d’ailleurs conduit le champion du monde Antoine Griezmann à rompre son contrat avec le sponsor, devenu embarrassant.

Usant de son droit de réponse, Huawei Consumer France estime que la société ne peut être tenue responsable de l’utilisation des technologies "à usage général" qu’elle développe.

Le logiciel d’Alibaba ne serait qu’un test

Dans ce contexte déjà sensible, un autre protagoniste se retrouve sous le feu des critiques : Alibaba. Le site Internet, géant de l’e-commerce chinois, est lui aussi suspecté d’apporter un soutien logistique à la traque des Ouïghours orchestrée par Pékin. Un rapport du cabinet américain IPVM rapporte en effet des éléments possiblement accablants.

Là encore, les procédés de reconnaissance faciale sont en cause. Ayant prétendument la faculté de reconnaître un utilisateur catégorisé "ouïghour", le logiciel cloud d’Alibaba pourrait alors en référer aux autorités étatiques.

Le cabinet IPVM a découvert sur le site Web d’Alibaba des références à un système qui "détecte et reconnaît les textes, images, vidéos et voix contenant de la pornographie, de la politique, du terrorisme", rapporte le New York Times. Rien de surprenant jusqu’ici, sauf que les archives dudit logiciel montrent qu’il peut aussi relever des éléments physiques, comme les lunettes, le sourire ou, plus globalement, les caractéristiques "ethniques" des sujets.

En somme, ce logiciel offrait aux clients d’Alibaba la possibilité d’utiliser des filtres de reconnaissance fondés sur l’ethnie. Sans démentir la véracité technique de ces dénonciations, la firme du milliardaire Jack Ma se défend toutefois. Cette dernière explique que ce système de détection n’est en réalité qu’expérimental. Peinant à convaincre, le partenaire officiellement désigné du cloud informatique en vue des Jeux olympiques a finalement retiré ce "tag" discriminant.

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