© SmallishBeans (YouTube)

C'est la science qui le dit : jouer à Minecraft rendrait plus créatif

Ne dites plus "Je fais une lan toute la nuit", mais "Je développe ma fibre artistique".

Nul besoin de présenter Minecraft aujourd’hui : même en n’ayant jamais touché à un jeu vidéo de votre vie, vous avez nécessairement entendu parler de ce titre incontournable de l’histoire récente du gaming, qui fêtera d’ailleurs bientôt ses huit ans d’existence.

Alors qu’un film est actuellement en préparation, Minecraft est récemment devenu le jeu vidéo le plus vendu de tous les temps avec 176 millions de copies écoulées (sur PC, mobile et consoles), dépassant enfin l’indétrônable Tetris – les formes carrées, une valeur sûre.

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Que vous soyez un·e joueur·euse assidu·e au point de voir la vie en cubes ou un·e simple "casu" ayant déjà tâté de ce grandiose jeu "bac à sable", soyez rassuré·es : vous n’avez rien perdu de votre vie, vous avez peut-être même éveillé en vous le nouveau Picasso.

Une étude très sérieuse sur un outil très sérieux : Minecraft

C’est une étude publiée dans le Creativity Research Journal qui l’affirme : Minecraft aurait stimulé la créativité des joueurs et joueuses depuis maintenant plusieurs années et les premières preuves scientifiques sont là. Jorge Blanco-Herrera, ex-pro gamer, s’est intéressé dans le cadre de sa maîtrise aux effets présumés que pouvait avoir le jeu dans le monde réel. Jeu de type sandbox par excellence, Minecraft ne guide pas son/sa joueur·euse. Une fois le (très) basique tutoriel passé, on se retrouve propulsé dans un univers aux possibilités infinies, tant en termes de gameplay (affronter les monstres ou surveiller sa faim pour le côté survival) qu’en termes de créativité pure avec la construction.

Afin de démontrer ces effets supposés, 352 volontaires ont été répartis en quatre groupes d’observation. Ils ont ensuite passé des sessions de 40 minutes à jouer à Minecraft, à participer à des courses dans le jeu Nascar Heat ou à regarder l’émission de télévision Crocodile Hunter. Le groupe jouant à Minecraft était lui-même divisé en deux : le premier groupe devait jouer en devant se concentrer sur la création, tandis que l’autre était simplement lâché dans le jeu, sans aucune information.

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Par la suite, deux épreuves pour évaluer la créativité des sujets de l’expérience ont été proposées : dans la première, ils devaient trouver le plus d’utilisations possible à un couteau et à un trombone. La deuxième invitait à dessiner un alien. Plus ce dernier se différenciait d’un être humain, plus le joueur gagnait des "points" de créativité. Les résultats sont assez clairs : le groupe le plus "créatif" est celui des joueurs de Minecraft partis sans aucune instruction, tandis que ceux qui ont été aiguillés finissent à la dernière place. La créativité des joueuses et joueurs serait donc surtout stimulée par la liberté offerte par ce jeu en open world.

En tout cas, depuis son lancement en 2011, Minecraft a clairement révélé de nombreuses fibres artistiques, de la recréation architecturale de monuments célèbres (comme le Berghain) aux tutoriels de Bob Ross appliqués au jeu cubique :

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Sortir d’une pensée manichéenne sur le jeu vidéo

Douglas Gentile, co-auteur de l’étude, est psychologue à l’Iowa State University. Il étudie l’influence des médias sur les enfants, du jeu vidéo au cinéma en passant par la pub. Ses travaux évoquent certains effets négatifs du jeu vidéo – comme la dépendance, dont on nous rebat les oreilles depuis les années 2000 –, mais aussi des positifs.

"Certaines études montrent que les jeux augmentent l’agressivité quand d’autres démontrent qu’ils peuvent augmenter le comportement prosocial [souci de l’autre, aider des inconnus en difficulté, nldr]. Vu de l’extérieur, on a l’impression qu’ils doivent être nécessairement bons ou mauvais, mais ce n’est pas ainsi que fonctionne le monde. Cette pensée dichotomique ne nous permet pas de voir ce qui se passe, parce que nous choisissons une idée et ensuite nous l’appliquons à tout."

En tant que scientifique, Douglas Gentile souhaite simplement "documenter les effets" du jeu vidéo. Il ajoute qu’un effet va être vu différemment selon les personnes, soulignant par exemple que l’armée américaine s’est intéressée à l’effet "d’agressivité accrue" de certains jeux vidéo de guerre, alors que le parent moyen aurait plutôt tendance à s’en inquiéter.

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Par Pierre Bazin, publié le 16/07/2019

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