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Comment faire pour travailler dans le milieu de l’e-sport ?

Publié le

par Pierre Bazin

Nous avons demandé l’avis à des spécialistes du milieu.

Il est loin, le temps où le sport électronique ou "e-sport" était une pratique moquée par les grands de ce monde. Tandis qu’aux quatre coins du monde, des millions de spectateurs suivent avec attention des Worlds de LoL et autres Major de Counter Strike, ce milieu professionnel n’a jamais été aussi attractif.

Travailler dans l’e-sport, le métier de rêve ? Pour un fan de jeux vidéo compétitifs, c’est une opportunité en or de pouvoir vivre de sa passion au service d’une structure e-sportive. Mais il est vrai que le milieu de l’e-sport peut paraître, à première vue, très hermétique, difficile d’accès, réservé à une certaine élite ou à quelques chanceux·ses.

Bien sûr, il y aura toujours des petits génies de la manette ou de la souris qui pourront espérer grimper les échelons de la compétition et ainsi devenir joueurs pros. Cependant, aujourd’hui, le milieu professionnel de l’e-sport englobe des métiers bien plus variés qui ne s’arrêtent pas seulement aux "e-athlètes" ou aux coachs.

Comment entrer dans ce milieu si prisé ? Nous en avons discuté avec plusieurs acteurs et actrices travaillant, ayant travaillé ou enseignant dans le secteur du sport électronique :

  • Maxime Geraci, ancien responsable éditorial chez la chaîne ES1, passé par BeIN e-sport
  • Mathias Bugeon, ancien responsable communication chez Gamers Origin
  • Céline Ferté, directrice juridique chez Team Vitality
  • Duy Nguyen, responsable du développement commercial chez Team Vitality
  • Georges Naoum, dit Sam Vostok, responsable pédagogique à la XP School

Pourquoi y travailler ? L’e-sport et son développement éclair exceptionnel

Le temps où l’e-sport était considéré comme un petit milieu de geeks qui jouent au fond d’un gymnase mal éclairé en cultivant leur entre-soi est révolu. Cette époque n’est pourtant pas si éloignée de nous, mais le secteur a connu une croissance quasi exponentielle ces dernières années et ses acteurs et actrices se sont très vite professionnalisé·e·s.

Maxime Geraci se souvient des débuts de l’arrivée de "l’e-sport pro" en France. Il n’hésite pas à qualifier cette époque de véritable "ruée vers l’or" pour tous les acteurs du milieu : "On avait beaucoup de ce phénomène, des gens qui créaient leurs structures, leurs sites 'entre potes', mais aujourd’hui, ce n’est pas si simple."

La professionnalisation de l’e-sport s’est faite à vitesse grand V. Mathias Bugeon confirme cette tendance : "L’e-sport va encore énormément se développer à mesure que tous les acteurs veulent tous leur part : les banques, les sponsors, la politique, les conseils régionaux, etc."

En 2020, le marché de l’e-sport en France était estimé à 50 milliards d’euros avec des investissements dans le secteur qui ont quintuplé entre 2019 et 2020. Le secteur progresse vite et attire beaucoup de monde et donc une concurrence certaine. Vouloir travailler dans l’e-sport, c’est savoir qu’on va être mis en compétition face à beaucoup de personnes.

La croissance de l'e-sport est phénoménale depuis quelques années. (Photo : Christoph via Getty Images)

Duy Nguyen a rejoint Vitality après plus d'une dizaine d’années d’expérience dans les partenariats et le développement commercial dans le milieu sportif, (au PSG, à l’AS Monaco ou encore pour la NBA en Europe).

"C’est avant toute cette croissance exceptionnelle et ces projets très ambitieux qui m’ont attiré, nous explique-t-il. J’y crois beaucoup, c’est un univers qui va exploser, on n’est encore qu’aux balbutiements !"

Mais qui dit industrie naissante dit aussi nombreuses opportunités. La moyenne d’âge dans la plupart des structures qui touchent de près ou de loin au secteur est relativement basse. Les jeunes y sont prépondérants et les possibilités de progressions internes ou externes sont immenses. "On ne ressent pas forcément la différence d’âge, assure Céline Ferté. L’ambiance reste souvent bon enfant, même dans une grosse structure comme Vitality."

Où y travailler ? Une industrie à tout niveau pour tous les profils

Très récemment, des nouvelles équipes et structures comme la Karmine Corp ont fait la une des actualités. Preuve en est, de nouveaux changements à venir dans l’industrie. Pour Sam Vostok, il faut aller voir au-delà des "paillettes" et de "l’usine à rêves" que peut représenter un secteur comme l’e-sport :

"Il y a de nombreuses manières de travailler dans l’e-sport en France comme à l’international. Cela peut aller de la petite équipe locale qui débute en associatif aux grandes structures comme Vitality ou MGG. Mais il faut aussi aller voir sur d’autres bassins d’emplois comme les fabricants de matériel (Logitech, Razer, etc.) ou les agences de communication qui sont en lien direct avec le secteur. Enfin, il y a les acteurs non endémiques, les villes qui investissent beaucoup dans l’industrie [Paris, Nice, etc. ndlr.] ou des marques comme Coca-Cola ou Redbull."

Maxime partage cet avis et fait une analogie avec le football : "Tout le monde joue au foot, à tous les niveaux, à toutes les ligues et avec des gains très différents selon que tu joues en régionales ou en Champions League." Travailler dans l’e-sport ne se limite pas à être joueur ou coach.

À mesure que le secteur se développe, de nombreux métiers "supports" sont demandés : RH, juridique, développement, business, ventes, communication, partenariats, événementiel, etc. Les profils recherchés (et recrutés) sont variés et, pour autant, de l’avis général des interrogé·e·s, une qualité clé semble revient le plus souvent : la capacité d’adaptation.

Céline ne connaissait que de loin le milieu de l’e-sport avant d’entrer chez Vitality comme directrice juridique. Du fait qu'elle soit amenée à travailler avec tous les départements de Vitality, ses missions sont très diversifiées et traitent à la fois des contrats des joueurs (incluant le droit à l'image), des contrats des partenaires de la structure ou encore des contrats pour la production des contenus de la structure :

"Il ne faut pas rechigner à la tâche, cela peut être particulier pour ceux qui ont besoin d’un fort encadrement car il y a beaucoup d’urgences à gérer, tout va très vite ! Et en même temps, c’est grisant de construire autant de nouvelles choses !"

Comment y travailler ? "Il ne faut pas juste transpirer la passion"

Lorsque nous avons interrogé nos cinq intervenant·e·s sur leurs expériences académiques et professionnelles, il en ressort des parcours très éclectiques. Maxime comme Mathias sont passés par des études assez généralistes de communication (DUT info-com et M2 médias et événementiels). Les nouvelles écoles "gaming" comme XP School sont des voies très intéressantes pour rapidement se spécialiser, mais Mathias rassure aussi à ce propos :

"Ce n’est pas grave de ne pas passer par un chemin très spécialisé et orienté vers le gaming ou l’e-sport, il y a plein de passerelles pour y rentrer."

Les "gaming school" se multiplient un peu partout en France et dans le monde, offrant des opportunités de professionnalisation ciblée bien plus rapidement. (Image : eスポーツ高等学院)

Même chose pour Céline et Duy, qui sont respectivement passés par un master de droit et une école de commerce. Sam Vostok, de son côté, a probablement le parcours le plus atypique avec une formation… d’historien. Le désormais responsable pédagogique de la XP School a pourtant un conseil simple et efficace pour mettre un bon pied à l’étrier de ce milieu professionnel :

"Faites des trucs. Que ce soit écrire un ou deux articles pour un site d’actu e-sport, créer une chaîne Twitch, faire un stage dans une petite structure, développer sa culture 'geek', travailler des langues vivantes, réseauter dans des endroits comme la Lyon eSport, la Gamers Assembly, etc. Toutes les expériences sont bonnes à prendre !"

"Il ne faut pas juste transpirer la passion", met en garde Mathias, qui pense qu’il est toujours important de faire valoir avant tout ses compétences et encore une fois sa capacité d’adaptation. Sam Vostok le rejoint et philosophe même : "Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ! Il faut oser, montrer ses compétences, qu’on en veut !"

"Si vous détestez les jeux vidéo, vous n’avez sûrement pas votre place dans une structure e-sportive, ni l’envie d’ailleurs." Mais vous pouvez aussi être fasciné par l’e-sport plus en tant qu’industrie qu’en tant que milieu compétitif. C’est le cas de Duy, un passionné de sport classique à la base, qui hurle désormais à la victoire avec ses collègues lorsque la Team Vitality remporte un round de Rocket League :

"Une des meilleures qualités appréciées dans le milieu, c’est la curiosité intellectuelle. S’intéresser aux résultats e-sportifs est une chose, mais il faut aller au-delà du sport et du gaming 'pur', par exemple aujourd’hui en s’intéressant à des sujets plus vastes comme les cryptomonnaies ou le métavers."

La passion se renforce également au fil du temps, mais c’est toujours votre assiduité, vos compétences professionnelles et votre travail qui seront récompensés. De l’avis général de nos interrogé·e·s, l’important est de savoir ce que l’on veut amener personnellement à l’e-sport, un jeune secteur en constante évolution, aussi innovant que fascinant, aussi instable qu’excitant.

Le reste est entre vos mains.


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com

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