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Facebook : autorise techniquement les menaces de mort envers des "personnalités publiques"

Publié le

par Pierre Bazin

Les règles de modération ont changé et c’est un peu compliqué…

On commence à le savoir : on ne peut pas tout dire sur Facebook. Ces dernières années, le plus grand réseau social au monde a drastiquement augmenté sa force de modération. Parce qu’il fait la guerre aux fake news ou même aux messages et vidéos antivax, Facebook est tantôt accusé d’inaction face à la montée du complotisme sur sa plateforme, tantôt de "censure" par ses détracteurs.

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En revanche, il semblerait que menacer de mort une personnalité considérée comme "publique" ne soit pas sanctionné par Facebook. C’est en tout cas ce que rapporte The Guardian après avoir eu accès à un document édifiant. Datant de décembre dernier, ce texte de pas moins de 300 pages énumère différentes directives internes destinées aux modérateurs vis-à-vis des "lignes de conduite" (guidelines) adoptées par le réseau social.

La liberté de critiquer invoquée

Dans ce document, on apprend ainsi que Facebook fait une exception à ses règles concernant les publications visant à intimider ou harceler des "personnalités publiques". Il y est même explicitement écrit que les "appels à [leur] mort" sont autorisés.

La définition que donne Facebook des "personnalités publiques" inclut toute personne ayant une certaine renommée, qu’elle passe régulièrement dans les plus grands médias ou dans un petit journal local. Cela concerne aussi n’importe quel représentant (ou candidat) politique ou encore des journalistes et autres intervenants amenés à "écrire ou parler publiquement". Plus précisément, cela inclut toute personne qui a été mentionnée dans le titre, sous-titre ou aperçu d’au moins cinq articles de médias au cours des deux dernières années, en éliminant les enfants de moins de 13 ans.

Le réseau social se justifie en expliquant qu’il souhaite "permettre la discussion, qui comprend souvent des commentaires critiques de personnes présentées dans les news". Dans le document récupéré par The Guardian, il est aussi précisé que cela peut permettre une certaine libération de la parole dans des pays aux régimes politiques dits "oppressifs".

À noter quand même qu’en janvier dernier, suite à l’attaque du Capitole par des militants pro-Trump, Facebook (comme Twitter) avait délibérément bloqué les comptes de l’ancien président des États-Unis.

Des distinctions aux ramifications complexes

Facebook rappelle toutefois les limites de ces "exceptions", tout en rappelant la grande distinction entre les personnalités publiques et les particuliers :

"Pour les personnalités publiques, nous supprimons les attaques qui sont sévères ainsi que certaines attaques où la personnalité publique est directement identifiée ['taguée'] dans une publication ou des commentaires. Pour les particuliers, notre protection va plus loin : nous supprimons les contenus destinés à dégrader ou embarrasser, y compris, par exemple, les allégations relatives à l’activité sexuelle d’une personne."

Cela signifie qu’il est techniquement autorisé de poster un message public sur Facebook tel que "Mort à Castex", "Zuckerberg au Goulag" ou "Macron décapitation", si tant est que les personnalités en question ne sont pas directement identifiées.

Une autre exception est toutefois faite pour assurer la protection des personnalités publiques dites "involontaires". Ces dernières sont ainsi considérées (et protégées) comme des particuliers car elles ne sont pas volontairement "engagées dans leur renommée, à moins qu’elles n’aient été accusées d’activités criminelles", précisent les directives.

D’autres détails plus étonnants parlent aussi de la liberté totale de dire du mal de personnes décédées avant 1900 ou encore de personnages fictifs. Parmi ces directives, il y est par exemple explicité, mot pour mot, qu'"aucune action" ne doit être entreprise contre un contenu tel que "Homer Simpson est une salope".

Des mesures déjà vivement critiquées

Ces nouvelles directives apparaissent alors que les réseaux sociaux sont constamment sous le feu des critiques, jugés trop passifs dans leur modération des contenus haineux. En février dernier par exemple, Instagram (et donc Facebook) s’était engagé à fermer massivement des comptes suite à une vague de harcèlement en ligne raciste contre des joueurs de Manchester United.

Interrogé par The Guardian, un porte-parole de Facebook entend préciser que ces nouvelles directives ne sont pas la porte ouverte à une haine gratuite des célébrités :

"Nous pensons qu’il est important de permettre une discussion critique des politiciens et d’autres personnes de la part du public. Mais cela ne signifie pas que nous autorisons les gens à les harceler sur nos applications. Nous supprimons les discours de haine et les menaces de préjudice grave, quelle que soit la cible, et nous explorons d’autres moyens de protéger les personnalités publiques contre le harcèlement. […] Nous consultons régulièrement des experts en sécurité, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des militants pour obtenir des retours sur nos politiques [de modération, ndlr]."

La contradiction entre les nouvelles directives et les déclarations du porte-parole trouverait ainsi son sens dans la nuance (ténue) entre un message montrant une réelle volonté de porter ses menaces à exécution et un message dont le fond ne serait pas aussi violent que ce que l’utilisateur laisse paraître. La plateforme réitère également sa tolérance zéro vis-à-vis de n’importe quel message à visée oppressive et discriminante contre des minorités expressément identifiées.

Par ailleurs, Facebook aurait délibérément donné l’accès à ce document au journal britannique. Le porte-parole se targue ainsi du fait que Facebook offre "plus de transparence que n’importe quelle entreprise de la tech", annonçant que d’autres documents de ce genre devraient être rendus publics à l’avenir.


Que pensez-vous de ces nouvelles directives dans la politique de modération de Facebook ? Écrivez-nous à hellokonbinitechno@konbini.com.

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