Le Pixel Museum, seul musée du jeu vidéo en France, ferme ses portes

Si les gérants ne trouvent pas de nouveaux locaux, c'est vingt-cinq ans de collections qui pourraient disparaître.

Ce n’était peut-être pas l’établissement culturel le plus grand, ou le plus connu, mais le Pixel Museum était le seul musée français entièrement consacré au jeu vidéo. C’est dans ses locaux de Schiltigheim, à côté de Strasbourg, qu’on pouvait trouver depuis 2017 la plus grande exposition permanente grand public consacrée à la culture vidéoludique.

En trois ans, plus de 60 événements (expositions, conférences, tournois…) y ont eu lieu. Aux côtés de la Start to Play, convention dédiée au jeu vidéo compétitif à Strasbourg, certaines écoles d’e-sport du coin, et la Strasbourg Games Community, une association qui représente d’autres acteurs du jeu vidéo (événementiel, journalistes, joueurs, youtubeurs), c’était une pierre angulaire du milieu dans le Grand Est.

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(© Pixel Museum - Bartosch Salmanski)

"Quand Jérôme Hatton, le directeur, a commencé à assembler sa collection privée il y a environ vingt-cinq ans, il a fait en sorte de pouvoir la partager un jour, nous raconte Mathieu Bernhardt, communicant du musée. Mais peu avant la création, en 2011, il a monté une école de programmation et de développement de jeu vidéo à Strasbourg. Au fil du temps, la collection était devenue de plus en plus conséquente, alors on l’a même stockée dans l’école, reprend-il. Lorsqu’on faisait les journées portes ouvertes, les gens venaient aussi pour voir tous ces objets, il fallait ouvrir."

En 2017, ils reprennent le projet et se mettent à exposer des consoles, des jeux, des goodies et des objets dérivés : "on avait accumulé de tout", explique Mathieu : "Des pièces rares et d’autres plus communes, qui proviennent de partout dans le monde, des années 1970 à l’époque contemporaine."

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Un musée interactif

Dès le départ, la collection comprenait déjà des jouets, des films, des figurines, des jeux de société, et même des moules à gâteaux dérivés de licences de jeux. Mais le cœur du Pixel Museum, ce sont ses consoles, qu’elles soient rétro ou next-gen. Certaines machines sont des éditions limitées très anciennes, pas forcément sorties en Europe et difficilement trouvables. 

(© Pixel Museum - Bartosch Salmanski)

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On y trouve aussi certains gadgets insolites, comme une machine à coudre Gameboy color, ou des lunettes 3D commercialisées par Sega et Nintendo, dans les années 1980. "Mais ce qui était vraiment sympa, c’était de pouvoir jouer", reprend Mathieu Bernhardt.

En effet, la particularité de ce musée, c’est qu’il donnait l’opportunité aux visiteurs de jouer pendant toute la visite : les 700 m² de l’exposition étaient jalonnés de machines de toutes les époques.

 

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"On y trouvait des reliques d’arcade, des Dreamcast, Gamecube, PlayStation, N64, en bref, des consoles de dernière génération, mais aussi des ordinateurs remplis de jeux indépendants : vraiment de tout. C’était hyper interactif pour le public, c’est ce qui faisait le succès du musée je crois. C’était vraiment vivant", explique Mathieu.

La fermeture ne sera peut-être pas définitive

Aujourd’hui, tout cela va fermer, et le personnel du musée lance un appel : "Malheureusement, à ce jour on n’a pas de solutions concrètes. Mais si nous n’avons pas eu le soutien de la collectivité du Bas-Rhin, on sait qu’on a eu un soutien du public."

Car l’équipe de trois salariés du musée ne souhaite pas cesser l’activité, mais les 8 000 euros de loyer à payer tous les mois représentent une somme exorbitante : "Si un jour on peut rouvrir à Strasbourg ou en Alsace, et même ailleurs, on le fera. Le pire, c’est qu’on était dans nos frais. Tout ce qu’on demande, c’est un loyer raisonnable, et on recommencera… Je suis convaincu que l’existence de ce genre de musées est importante en France", termine Mathieu.

L’équipe du Pixel Museum termine de vider les vitrines et de remplir les cartons. Ils en appellent désormais aux particuliers et aux municipalités qui pourraient les aider à trouver de nouveaux locaux. 

Si vous avez des suggestions ou des idées, n’hésitez pas à nous donner votre avis sur hellokonbinitechno@konbini.com

Par Battiste Delfino, publié le 25/06/2020