On était à la première Game Jam d'Arte et c'était formidable

Au programme : 10 jeux-projets tous plus fous les uns que les autres.

Variante gaming des "hackathons", les game jams ont un concept plus simple sur le papier : on réunit développeur·euses, programmeur·euses, graphistes et divers artistes pour créer un jeu vidéo en un minimum de temps. L’année dernière, nous vous avions déjà montré le fonctionnement de ces marathons vidéoludiques.

Grand moment ce week-end dernier pour la chaîne franco-allemande Arte qui organisait sa première game jam. Si les talents venaient de l’Europe entière, l’épidémie du COVID-19 n’aura pas entaché le moral des organisateur·ices et participant·es : Discord était là pour rassembler celles et ceux qui n’avaient pas pu rejoindre Saint-Ouen ce week-end.

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La game jam de la représentativité

La Game Jam d'Arte, dont Konbini Techno est partenaire, avait la grande particularité d’être paritaire, potentiellement une grande première pour ce type d’événement. Quand on sait qu’en France, les femmes et minorités de genre représentent seulement 16 % des effectifs globaux de l’industrie du jeu vidéo, l’intention est très louable.

Comme de nombreuses autres game jam, celle d’Arte n’était pas compétitive. L’esprit de ces rassemblements est avant tout d’encourager la création et le travail d’équipe. Avec 10 équipes composées de 6 personnes, ce ne sont donc pas moins de dix projets qui sont nés de 60 participant·es – sans compter les participations à distance. Dans les game jams, on réseaute, on discute, on se rencontre et on échange sur le métier avant que chacun reparte à leurs crunchs respectifs.

Autre fait notable, Arte avait invité des "mentor·es" : des professionnel·le·s du jeu vidéo avec une bonne expérience dans l’industrie européenne du jeu vidéo – producer, lead developer, game designer, etc.

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Liste des mentor·es de la Game Jam Arte. © ARTE WEBPRODUCTIONS

Le top départ se faisait attendre de pied ferme vendredi soir pour les 60 personnes présentes physiquement à la Commune Image de Saint-Ouen, ainsi que pour les douze autres équipes participant à distance. Les (énormes) PC étaient installés, les tablettes graphiques branchées, les logiciels de son, modélisation et programmation lancés. Les participant·es et mentors s’étaient préalablement entretenus sur Discord dans les semaines, ils n’attendaient plus qu’une chose pour sérieusement commencer leurs jeux : le thème.

Le compte à rebours commence et "bugue" étrangement sur le chiffre 7 avant de définitivement se stopper dessus. Ce n’était évidemment pas un hasard, "La Sept" étant l'ancien nom de la chaîne Arte, mais ce thème très large a permis de diversifier au mieux les idées.

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Le grand paperboard, spécialité "low-tech" des Game Jams

Des résultats souvent diamétralement opposés, toujours surprenants

"Sept" en a inspiré plus d’un·e. Dimanche 8 mars à 16 heures, 10 jeux ont été rendus, l’occasion d’enfin souffler pour les participant·es qui avaient passé des dizaines d’heures devant leurs écrans à programmer, concevoir de la musique, des personnages ou encore écrire une narration cohérente. Les projets sont tous très différents et apportent chacun leur pointe d’originalité, que ce soit par leur gameplay, leur propos, leur direction artistique ou encore leur musique.

Vous pourrez par exemple retrouver Let There Be Light où ici ce sont les 7 jours de la Création qui seront le contexte d’un clash des divins entre deux joueurs en local. Le clash, il pourrait aussi y en avoir dans Match Me If You Can, un mélange audacieux entre jeu d’enquête et dating simulator.

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Vous avez déjà rêvé d’un jeu de rythme avec des crevettes ? Non ? THE MAGNIFICENT 7 SHRIMPS l’a quand même fait.

D’autres titres ont préféré se concentrer sur de magnifiques directions artistiques "à la main" (à la tablette graphique). C’est le cas du doux Mail Day ou encore du très (trop) mignon Lagora qui vous invite à jouer à quatre mains sur un clavier dans une lutte reproductrice de lapins.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul titre qui invite au rapprochement, puisque l’évocateur 7e ciel vous met aussi au défi de trouver le meilleur rythme à deux : une personne qui écoute et l’autre qui retranscrit à l’écran ce qu’il ressent via les tapotements de main que lui fait son "oreille".

Pour ceux qui souhaitent un jeu au gameplay simple, efficace mais difficile, 7 GENERATIONS est un bon compromis très addictif (et quelle musique !). Même intensité du côté de 7 Seconds to process qui ne vous laissera aucun répit avec ses défis tous plus tordus les uns que les autres.

Comme souvent, les game jams sont aussi l’occasion d’exprimer certains propos et certaines idées. Erase Screen est un platformer placé dans un univers dystopique où la surveillance de masse règne. Enfin, avec d’autre propos et surtout une autre méthode : You’ve got mail! est un jeu qui vous met face à des dilemmes moraux. L’intention originale est d’être joué en stream pour comparer ses décisions morales avec sa communauté de viewers.

Les 10 formidables projets sont désormais complètement jouables sur votre PC (ou Android), avec ou sans téléchargement selon les jeux. La liste est disponible sur le site itch.io, habituelle plateforme de la plupart des game jams.

Par Pierre Bazin, publié le 09/03/2020