Pixabay / Microsoft

Peut-on vraiment construire des consoles écolos ?

Retour sur les annonces récentes de Sony et Microsoft.

La course au green s’intensifie. Lundi 23 septembre, Sony annonçait, dans un communiqué officiel, une réduction notable de la demande énergétique de sa future PS5, notamment en mode veille.

Dans la foulée, Microsoft a surenchéri. La multinationale américaine a annoncé ce mardi 24 septembre que d’ici 2030, l’empreinte carbone de ses consoles sera nulle, du moins en ce qui concerne la production.

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Une série de 825 000 nouvelles unités seront ainsi "carbon neutral". Il faut apparemment comprendre que la production de ces unités n’émettrait pas de gaz à effet de serre, bien que ces termes ne soient pas mentionnés dans le communiqué.

Outre les deux constructeurs, une vingtaine d’autres acteurs de l’industrie du jeu vidéo ont pris parti dans la lutte contre le changement climatique, sous le label "Playing for the Planet Alliance". On y trouve Twitch, Ubisoft, l’éditeur mobile Supercell, ou encore Google Stadia, qui nous parlait récemment du futur du gaming et de l’écologie.

Sony et la mise en veille des consoles

Pour mieux comprendre les enjeux énergétiques des jeux vidéo, nous avons discuté avec Frédéric Bordage, fondateur du site Green IT. Pour lui, si les annonces des deux géants du jeu vidéo sont encourageantes, elles manquent toutefois de faits. Il est aussi nécessaire d’élargir le champ de réflexion.

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Revenons d’abord au communiqué de Sony. L’entreprise a affirmé que sa future PS5 ne consommerait, en mode veille, pas plus de 0,5 watt. La PS4 au repos consommait 8,5 watts/heure. Ce qui était beaucoup trop. Une ambition précise et inédite, donc, mais qui a du retard sur les normes de consommation des appareils électroniques. La Commission européenne exige en effet que les appareils électroniques au repos ne consomment pas plus de 0,5 watt/heure.

Doit-on parler de watts ou de watts/heure ? Dans ce cas de figure, on parle bien de la consommation : il s’agit donc des watts par heure. Sony, dans son communiqué, parle de watts. Une imprécision dérangeante, pour Frédéric Bordage.

Lorsque la PS4 était sortie, en 2008, le Natural Resources Defense Council (NRDC) avait alors dénoncé la consommation bien trop gourmande de l’appareil en mode veille, utilisé fréquemment par les gamers. Ils enjoignaient alors les producteurs à proposer des modes de veille moins demandeurs d’énergie. Dans un article sorti en 2010 sur Green IT, on parlait déjà de "monstres énergivores". Rapports qui semblent ne pas être tombés dans l’oreille d’un sourd.

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Microsoft : concret, mais pas assez

Revenons maintenant sur le communiqué de Microsoft. Parmi les annonces, il y a celles-là : une réduction de 30 % des "émissions carbone" d’ici à 2030.

"On a un chiffre, on a une date : ça semble concret", reconnaît Frédéric Bordage. Le problème, c’est l’appellation "carbone". Si on ne parle pas concrètement de gaz à effet de serre, il est plus difficile de se positionner sur le sérieux de l’entreprise.

En effet, dans son communiqué, Microsoft mentionne bien les termes "carbon reduction". Cela ne concernerait plus seulement la chaîne interne de production, mais la totalité de la compagnie, des trajets des employés jusqu’à l’utilisation des produits en eux-mêmes.

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La firme précise, à juste titre, que ces émissions indirectes sont bien plus importantes que la simple fabrication des produits.

Élargir la réflexion

Mais pour Frédéric Bordage, ce n’est pas suffisant. Selon des analyses qu’il a effectuées, le véritable problème ne vient pas de la console, mais du dispositif d’affichage qu’elle utilise. Concrètement, la télévision. Il déplore :

"Les jeux d’aujourd’hui, leur qualité, leur niveau de graphisme, impliquent de posséder un dispositif qui a la capacité de suivre. Les télés sont donc de plus en plus grandes. Nous n’y pensons pas assez souvent."

D’autre part, l’impact environnemental des consoles va plus loin que les émissions de gaz à effet de serre. Comme pour la plupart des appareils électroniques que l’on utilise au quotidien, métaux et terres rares sont impliqués dans les processus de fabrication.

Et, dans tous les cas, il n’y a pas d’alternative pour construire ces consoles. : "La solution serait de produire des appareils dotés d’espérance de vie plus longue, qui consommeraient moins d’énergie."

À plusieurs reprises, Frédéric Bordage mentionne la Wii comme exemple encourageant : "Elle a permis de repenser la façon de jouer, à plusieurs niveaux." Cette console de Nintendo, moins individualiste, moins gourmande en énergie, serait une bonne alternative. La Wii était d’ailleurs la console la plus écolo friendly de la septième génération, selon le rapport du NRDC.

Un manque d’analyses

Déçu, cependant, que les engagements ne se limitent qu’aux émissions de gaz à effet de serre, il aurait aimé, de la part de la firme, de vraies analyses chiffrées. "On aurait eu du concret avec une analyse fonctionnelle : sur une heure de jeu, qu’est-ce qui a le plus d’impact environnemental ?"

À la fin de notre discussion, Frédéric Bordage semble s’ériger contre cette politique des petits pas : "Nous sommes à un moment où les questions climatiques appellent à des réponses urgentes. C’est aussi pour cela que la responsabilité des créateurs de loisirs, et donc plus spécifiquement, des jeux vidéo, pose vraiment question."

Joint par Konbini Techno, Microsoft n’a pas souhaité apporter davantage d’explications.

Par Victoria Beurnez, publié le 27/09/2019

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