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Témoignages : comment la pandémie a ouvert une nouvelle ère du jeu vidéo

Publié le

par Pierre Bazin

La crise du Covid-19 aura au moins eu un bienfait : nous remettre aux joysticks.

Aura-t-il fallu une pandémie pour que le jeu vidéo gagne à jamais ses lettres de noblesse ? Malgré son gain de popularité fulgurant au cours de ces vingt dernières années, le gaming était encore en proie à de nombreux préjugés, délaissé par les aînés, critiqué par les non-initiés et même mis en cause par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais, depuis un an, un certain coronavirus est passé par là et a porté avec lui de nouveaux concepts : confinement, distanciation "sociale" (puis "physique"). Il a fallu trouver des manières de s’amuser à distance, de se retrouver virtuellement avec ses amis ou bien de s’occuper seul, enfermé à son domicile.

Le retour des anciens

À ce jeu-là, les gamers avaient un train d’avance. Les soirées en tête-à-tête avec l’écran, les week-ends passés sur Discord, tout ça, ils connaissaient. Mais même aux fans de jeu vidéo, le temps manque, surtout avec un hobby aussi chronophage. Il y a un an, fin janvier 2020, Thomas M. rentre de Chine (où il travaille) pour passer trois semaines en France :

"On commence à parler de confinement en Chine, la panique monte. Je prends ma PS4 dans la valise parce qu’il y a de la place, on verra bien. 4 février, mon vol retour [pour la Chine, ndlr] est annulé, ça craint. Mars, confinement en France.

Je n’ai joué qu’à des open worlds auxquels je n’avais plus le temps de me consacrer : 'The Witcher 3' (les DLC), 'Red Dead Redemption II', 'Dragon Ball Z : Kakarot'. Fin 2020, j’arrive à retourner en Chine, 17 jours de quarantaine : 'Marvel’s Spider-Man : Miles Morales'."

D’autres joueurs et joueuses ont au contraire complètement retrouvé le médium, qu’il avait délaissé entre-temps. C’est le cas de Sylvia, qui a écumé jadis les Mario et les Mega Man sur NES et autre GoldenEye sur Nintendo 64. Elle confie :

"Pendant le confinement, je me suis dit que ce serait sympa de passer au niveau supérieur pour tester des machines plus puissantes mais surtout des jeux plus 'jolis'. J’ai donc commencé par 'The Last of Us' et 'Uncharted'. Aujourd’hui, je continue de jouer ! J’ai acheté de nouveaux jeux, mais je joue moins qu’avant, je dirais 4 heures par semaine."

Dominique, 37 ans, nous raconte une histoire similaire :

"Février 2020, ma compagne m’offre une Xbox One pour mon anniversaire. Mi-mars 2020, j’ai dû fermer le cinéma que je dirige lors du premier confinement. Je me suis donc replongé pleinement dans le jeu vidéo. J’ai refait beaucoup de jeux qui avaient bercé la fin de mon adolescence et le début de ma vie d’adulte, mais pas mal de nouveautés aussi.

La 'refermeture' des cinés en octobre dernier a signé à nouveau mon retour à temps plein dans le jeu vidéo. Depuis presque un an maintenant, j’ai enchaîné 'Resident Evil 1, 2, 4 et 5', 'Gears of War 2, 3, 4 et 5', 'Assassin’s Creed IV Black Flag', 'Origins' et 'Odyssey'. Cette période est propice."

Car c’est aussi le pouvoir transgénérationnel des jeux vidéo qui s’est réveillé. Les parents ne pouvaient plus vraiment reprocher à leurs enfants une des rares activités encore "autorisées", alors ce fut le moment pour toutes les générations de s’intéresser plus en profondeur à ce qui captivait les gamers du quotidien.

Apprendre à s’évader virtuellement

Ce que le jeu vidéo nous a appris cette année, c’est qu’il est possible de s’évader à nouveau malgré les restrictions du monde physique. Sylvia nous parle ainsi des "grands espaces de l’Amérique du Nord" de Red Dead. Parmi les nombreux témoignages que nous avons reçus, beaucoup parlent de jeux en monde ouvert et du bien que cela leur a procuré alors que l’extérieur réel semblait interdit.

Pour Méline, c’est la sortie de Doom Eternal qui l’a remise "dans le bain".

"Le jeu vidéo est suffisamment chronophage pour tromper l’ennui, suffisamment impliquant pour m’évader. Oui, le jeu vidéo fut une belle bouée de sauvetage face au confinement. J’ai réintégré le jeu vidéo à mon quotidien et il n’est pas près de le quitter."

Thomas, qui attendait de pouvoir retrouver sa vie en Chine, nous dresse le même constat :

"Tous ces open worlds m’ont permis de m’évader, de ne pas me sentir emprisonné, j’en rêve la nuit, pouvoir déambuler à coups de toiles en tant que Spiderman, voler comme Sangoku, c’est exaltant. En revanche, j’ai essayé 'Resident Evil 2', impossible. L’aspect huis clos était trop angoissant, trop proche de la situation actuelle."

Il y a 20 ans, la simple évocation de "mondes virtuels" comme Second Life ou World of Warcraft faisait hérisser les cheveux sur les plateaux télé. Aujourd’hui, ces derniers semblent essentiels pour s’échapper d’une réalité de toute façon morose.

Retrouver le lien social… et même le créer

Discord a vu ses téléchargements exploser avec la pandémie, et ce n’est pas pour rien. Outre le fait d’être un excellent logiciel de conversation vocale et textuelle, il a toujours été le rendez-vous des gamers. Sauf que, cette fois, tout le monde s’y est mis, à Discord comme aux jeux vidéo, pour pouvoir retrouver un semblant de vie sociale.

C’est d’ailleurs ce nous dit Kévin :

"Certaines personnes utilisent WhatsApp, Zoom ou que sais-je encore comme moi j’utilise le jeu pour communiquer et rester socialement actif. Vivant seul en appartement, le jeu vidéo est devenu la plateforme sociale pour rester en communication avec mes amis, collègues et même ma famille.

Avec les collègues, on s’est tous passé le mot pour se retrouver sur 'The Division 2'. Avec mes cousins et oncles, c’est plutôt les 'Call of Duty' qui ont la cote, je ne suis pas fan de la licence, mais encore une fois, la discussion vocale est l’argument principal.

Après une longue soirée devant la PlayStation, j’ai le sentiment que, même si je n’ai pas rencontré ces gens physiquement, j’ai passé une bonne soirée, j'ai ri, écouté, me suis des fois énervé et c’est ce qui compte pour le moment."

Pauline, elle, nous explique que le jeu vidéo a permis d’entretenir sa relation avec son copain "même si 500 km [les] séparaient". Pour ce couple, pas besoin de date virtuel, il y avait Star Wars : The Old Republic "pour pouvoir continuer à avoir des activités 'ensemble'".

Pour Pierre D. et son ami, le constat était sans appel : le jeu vidéo était devenu le salut de tous. "On voulait pallier le manque de LAN, de tournois et, en même temps, on voyait des articles qui commençaient à parler de mariages dans les jeux vidéo, du concert virtuel de Travis Scott sur Fortnite." 

Ni une, ni deux, les deux compères se lancent dans la création d’une association : l'Amicale des joueurs vidéoludiques (AJV). Après un premier tournoi entre copains, le cercle s’est élargi pour compter près de 300 membres aujourd’hui. De Flight Simulator à Sea of Thieves en passant par Counter Strike ou bien entendu Among Us, l’AJV organise des soirées virtuelles pour tous ceux qui le souhaitent. Pierre explique :

"Il y a des membres qui ne connaissaient rien au jeu vidéo, donc on leur a fait découvrir ce qu’était Discord et comment fonctionnait un ordinateur. Il n’y a pas longtemps, un ami s’est même proposé pour donner des cours de code (JavaScript) pour les personnes qui le souhaitaient. Et ces personnes, non-initiées à la base, sont restées ! Elles voient l’AJV comme un lieu familial, où la barrière entre le réel et le virtuel a carrément disparu. Tous les vendredis, on se voit en visio, il y a même des gens qui prévoient à la fin de la pandémie de se voir dans la vie."

Le jeu vidéo reconnu à jamais ?

Aujourd’hui, l’OMS a fait marche arrière et recommande désormais de jouer aux jeux vidéo. Les reportages sur les "addicts" du jeu vidéo ont disparu de la télé, si bien que c’est elle qui vient maintenant voir les gamers sur Twitch. Mais ce n’est pas que Samuel Étienne, le Z Event ou les influenceurs qui ont réussi ce tour de force.

Face au mur de la solitude, de l’isolement et de l’ennui, le jeu vidéo est réapparu à ceux qui l’avaient délaissé faute de temps. Mais il a aussi fait sa place dans la vie de personnes qui n’auraient peut-être jamais pensé s’y intéresser jadis. Chaque semaine, de nouveaux joueurs achètent la Switch, téléchargent Discord, découvrent Among Us.

2020 fut peut-être la revanche d’un médium trop longtemps sous-estimé et méjugé, mais les années qui suivront seront celles d’une génération de joueurs et joueuses beaucoup plus éclectique. Le jeu vidéo est tout simplement en passe de recevoir ses lettres de noblesse au même titre que le sport, le cinéma ou la musique.


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com

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