© Capcom

Test : Resident Evil 3 Remake, quand la recette marche encore une (dernière) fois

Affronter une pandémie virtuelle confiné dans le noir pour affronter une réelle pandémie, on ne pouvait pas rêver mieux.

Un an après le remake du deuxième épisode, c’est au tour de Resident Evil 3 Remake de pointer le bout de son nez croqué par les zombies. En 24 ans d’existence, la franchise nippone BioHazard, ou Resident Evil pour nous autres Occidentaux, a traumatisé plusieurs générations à base de morts-vivants décomposés, de Licker ignobles et autres toutous cadavériques.

Au fil des ans, la série a beaucoup évolué, passant d’un genre survival-horror axé sur le suspense et l’économie de ressources à disposition à des épisodes bien plus centrés sur l’action et le dégommage en masse de hordes zombifiées.

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En 2017, Resident Evil 7 (2017) avait opéré "un retour aux sources" en termes de mécaniques de survie et d’horreur, malgré le choix audacieux de la vue à la première personne. En revanche, les années 2019 et 2020 ont été l’occasion pour Capcom de ressortir les grands crus avec deux sorties successives de remakes, pour le deuxième et troisième épisode.

En plein confinement, Konbini Techno a pu tester Resident Evil 3 Remake sur Xbox One. L’acquisition du titre vous permet aussi d’accéder à Resident Evil Resistance, mais ce mode multijoueur n’a pas été considéré dans la rédaction de ce test.

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S’améliorer sans trahir ou oser le changement ?

21 ans après le Resident Evil 3: Nemesis originel, commençons par ce qui fait la base d’un remake digne de ce nom : la qualité visuelle. De ce côté-là, le moteur RE Engine est une fois de plus exemplaire et nous en met plein les mirettes.

Le remake du deuxième épisode était clairement à la hauteur, mais il semblerait que la technique se soit encore dépassée pour ce troisième opus remastérisé : les visages ne sont plus "vitreux" comme avant, et mention spéciale aux effets d’eau et de feu bluffants de réalisme.

L’inspiration artistique n’est pas en reste non plus, avec une vision de Raccoon City toujours aussi fidèle à la ville fictive originale et des décors tous très inspirés pour au moins les trois quarts de l’aventure.

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On regrettera cependant un petit relâchement dans le dernier niveau et sur certaines animations de combat (ou d’agression), un tantinet répétitives. Pour le reste, le bestiaire, encore une fois fourni est très varié donne l’impression de ne jamais voir le "même" zombie.

Le Nemesis, ennemi omniprésent de l’aventure, bénéficie d’une direction artistique très inspirée. (© Capcom)

Resident Evil 3 Remake vous fera courir et vous balader d’un bout à l’autre d’une carte, mais avec bien moins de répétitions et d’allers-retours que dans le commissariat de RE2 Remake.

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Entre énigmes, explorations, fuites et combats, les séquences de gameplay s’enchaînent aisément sans se ressembler. Pour vous battre justement, vous allez avoir accès à un arsenal encore une fois bien rempli et qui, selon le protagoniste que vous incarnez à tour de rôle, pourra varier drastiquement.

Quelques ajouts comme l’esquive ou le couteau, désormais incassable, sont réellement bienvenus, même si le gameplay de combat dans son ensemble fait preuve parfois d’une certaine rigidité. Certaines phases d’actions seront d’ailleurs assez frustrantes par moments quand le reste du jeu est majoritairement très fluide et nerveux. En revanche, les combats de boss, assez nombreux, sont exemplaires.

Tous les morts ont la même peau, tous les remakes ont le même scénario

Difficile de juger de l’originalité du scénario de ce remake quand il reprend en long, en large et en travers l’histoire du RE3 de 1999. Mais de vrais choix de mises en scène ont été opérés, usant à merveille du RE Engine pour un rendu cinématographique des plus qualitatifs.

On ne se prononcera pas sur le fond de l’histoire qui parle de… pandémie… et de… complot pharmaceutique. Disons que la période est un peu étrange pour la sortie du titre !

Les combats alternent entre finesse et dégommage de horde. (© Capcom)

La force de l’histoire tient évidemment à la protagoniste de cet épisode, Jill Valentine. La policière, membre de la Delta Force et présente depuis le premier épisode de 1996, porte sur épaules toute l’histoire du jeu et il faut admettre que son écriture, sa prestation et ses dialogues (VO ou VF) sont extrêmement convaincants. Cela reste valable aussi en pleine phase de jeu où elle emmènera le plus réticent des joueurs à l’immersion dans son cauchemar zombiesque.

Carlos, le second personnage, souffre un peu du comparatif, malheureusement un peu plus cliché – sans toutefois verser dans le ridicule. Au final, en se remémorant certaines séquences à la frontière du nanar des personnages de Claire Redfield et Leon S. Kennedy dans RE2 Remake, on oubliera vite les quelques défauts ici présents, comme certaines lenteurs dans l’action par moments.

Notons tout de même qu’on aurait peut-être apprécié quelques liens supplémentaires avec l’épisode précédent – plutôt qu’un simple retour sans contextualisation au commissariat.

Carlos apporte son gameplay "militaire" plus axé sur le combat direct. (© Capcom)

La Nemesis enfin, antagoniste plus que central de l’histoire de RE3, était le grand enjeu de ce remake. La créature est un sans-faute, aussi épouvantable que résiliente, et rythme de manière effrénée toute l’intrigue du jeu. Chacune de ses (NOMBREUSES) apparitions vous feront vivre d’intenses phases de stress et de frustration : tout ce qu’on souhaitait.

Au final, le grand défaut du titre sera probablement sa durée de vie excessivement courte. Vous aurez vite fini l’aventure principale : en moins de huit heures, dix maximum si vous êtes un vrai débutant. Alors, évidemment, tout le contenu endgame vous donnera potentiellement l’envie de vous y retenter, plus rapidement, plus difficilement, avec d’autres armes ou cosmétiques, mais les frissons de la première fois appartiendront d’ores et déjà au passé.

Résultats : B-

Resident Evil 3 Remake ne sera pas la preuve parfaite qu’on peut sublimer le passé (surtout avec FFVII en face…), mais le titre de Capcom fait le café.

On aurait apprécié un peu plus d’efforts sur des mécaniques qui, un an après RE2 Remake, ont déjà assez vieilli. En attendant, les fans seront quand même aux anges en retrouvant Jill Valentine qui porte clairement le titre entier sur ses solides épaules.

Ce qui est cool :

  • Techniquement comme artistiquement, ça en jette.
  • Des phases de gameplay extrêmement variées, bien espacées avec de bons enchaînements et transitions.
  • Jill Valentine, enfin un personnage (féminin) qui jouit d’une écriture solide.

Ce qui est moins cool :

  • Beaucoup trop court, et le endgame peu engageant ne convaincra que quelques fans acharnés à recommencer.
  • Peu d’innovation de gameplay ou de combat, renforçant cette sensation de rigidité de plus en plus frustrante.
  • Un rythme effréné qui s’essouffle un peu vers la fin.

Par Pierre Bazin, publié le 10/04/2020