Ça vous dirait de devenir proprio et loueur de trottinettes électriques ?

La start-up Pony veut révolutionner le concept de ce moyen de locomotion si décrié.

Malgré le gros boom des mini deux-roues ces dernières années, l’avenir est plutôt incertain pour les opérateurs de trottinettes électriques. Lime, l’un des tout premiers et des plus influents vient d’annoncer son retrait de 12 grandes villes dans le monde – pour l’heure, aucune ville de France n’est concernée.

Pourtant, parmi tous ces acteurs, il y en a un qui essaye de se distinguer, et qui pourrait bien y arriver. C’est Pony, une entreprise créée en 2018 par Paul-Adrien Cormerais et Clara Vaisse. Alors qu’ils ont débuté l’aventure de la mobilité partagée avec une flotte de vélos, ils ont finalement slidé sur le marché de la trottinette en 2018, avec une centaine de véhicules dans la ville d’Angers, puis 150 dans celle de Bordeaux.

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Depuis, ils ont décidé de participer à l’appel d’offres de la mairie de Paris. Le but : réduire à seulement trois le nombre d’opérateurs dans la capitale. S’ils sont retenus, ils pourront déployer pas moins de 5 000 trottinettes dans la capitale. Les candidatures courent jusqu’au 11 mars 2020.

Pour mieux cerner leurs ambitions, nous avons rencontré Paul-Adrien, entrepreneur qui veut changer notre rapport à la mobilité. 

Pour des raisons de clarté, l’interview a été éditée.

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Konbini Techno - Aujourd’hui, les habitants des moyennes et grandes villes sont familiers avec la trottinette électrique. Parfois, la simple mention de ces engins amène les piétons à l’exaspération. Comment allez-vous faire changer les mentalités sur cette alternative à la micromobilité ?

Paul-Adrien Cormerais : Cela ne fait que quelques années qu’on voit les trottinettes en France. Pourtant, le phénomène a explosé très rapidement [à Paris cet été, 12 opérateurs différents se faisaient concurrence, ndlr]. Le problème aujourd’hui, c’est que la majorité des opérateurs qui se sont lancés dans le projet n’ont pas ou peu de considération pour les besoins réels des consommateurs. Ils vont se contenter d’enchaîner les levées de fonds, de déposer leur trottinette sans garantir de véritable suivi. Résultat : on se retrouve avec des véhicules disposés çà et là dans les rues, ça gêne tout le monde et le matériel est vite abîmé.

Comment expliquez-vous ce manque de responsabilisation pour le matériel, à la fois du côté des consommateurs mais aussi des distributeurs ? 

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C’est ce que j’appelle la tragédie du bien commun. Les trottinettes n’appartiennent à personne, elles sont nombreuses, ce ne sont pas des objets d’affect. Pour prendre un autre exemple, si vous crevez en Vélib’ au beau milieu de votre trajet, dans la majorité des cas, vous aurez plutôt tendance à l’abandonner sur place : après tout, ce n’est même pas votre vélo. Il n’y a pas de raison que cela soit différent avec les trottinettes. Il y en a tellement qui jonchent les rues qu’on ne se pose même plus la question : dans ce genre de situations, l’aléa moral est inexistant.

Après avoir compris ce problème de déresponsabilisation, c’est sur cette notion que vous avez décidé de construire Adopt-a-pony. Qu’est-ce qui va faire la différence avec les nombreux autres opérateurs tels que Lime, Bird, ou encore Dott ?

Le but de Pony, c’est vraiment de créer quelque chose qui a du sens. Et pour ce faire, on veut créer du lien entre un utilisateur et son véhicule. C’est pour ça qu’on a eu l’idée d’Adopt-a-Pony. Le principe, c’est de proposer aux particuliers de devenir propriétaires de leur trottinette, le tout pour 720 euros. Il devient alors ce qu’on a appelé un "Pony Angel". Ensuite, grâce à notre application, il la propose à la location, peut lui donner un nom, suivre ses déplacements en temps réel.

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C’est là que ça fait la différence. Quand un usager emprunte la trottinette de quelqu’un, qu’il voit son nom, ça change la donne : on a évidemment moins envie de le dégrader. Quand on discute avec nos Pony Angels, ils nous expliquent qu’ils apprécient de voir leur véhicule servir à d’autres usagers. Le fait de baptiser sa trottinette, ça peut sembler anodin, mais ça change la conception de propriété.

Vous êtes installés depuis fin 2018 dans la ville d’Angers, et depuis juin 2019 dans celle de Bordeaux. Le concept y a-t-il fait ses preuves ?

Complètement ! Le succès a été improbable. Quand on s’est installés à Angers, dans une ville qui comporte 40 000 étudiants et que l’on connaissait bien, on partait assez confiants. Et ça a totalement été le cas ! Nos trottinettes ont toutes été vendues en un temps record. Aujourd’hui, on connaît bien nos Pony Angels, ce sont nos premiers informateurs sur la qualité du service.

Vous partiez donc en terrain connu à Angers. L’histoire a-t-elle été différente à Bordeaux, dans une plus grande ville que vous ne connaissiez pas ?

À Bordeaux, on pensait que cela serait une autre histoire : grande ville qu’on ne connaissait pas, il y avait déjà six ou sept opérateurs sur place… Et pourtant, surprise : même résultat qu’à Angers. Le plus important, c’est qu’il faut se dire que dans ces deux villes, le taux de vandalisme qu’on subit est trois fois inférieur à celui des autres opérateurs. Je pense qu’on a réussi à mettre en place quelque chose qui a du sens pour les gens, qui fait la différence. C’est pour ça que je pense qu’on a notre chance à Paris !

Par Victoria Beurnez, publié le 17/01/2020

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