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Comment, en tant que femme, les fanfictions ont eu une influence déterminante sur ma vie

Une dizaine d’années après son explosion en France par l’intermédiaire des skyblogs, la fanfiction est toujours là.

Un skyblog sur Harry Potter…

Il y a presque dix ans, j’ai eu pour la première fois accès à Internet sur l’ordinateur familial. La première chose que j’ai faite en arrivant sur l’Internet mondial, ce fut la création d’un skyblog. Parce que tout le monde en avait un, parce que moi aussi je trouvais ça stylé de pouvoir mettre des photos mal détourées sur Paint et que j’espérais que Sébastien de 3e B laisse un com’ sous l’une de mes duck face.

En attendant un signe de Sébastien, j’ai commencé à écumer les blogs : d’abord occasionnellement, puis frénétiquement. Les skyblogs "emo" bien sûr mais surtout les blogs d’écriture. Plus spécifiquement, ce qu’on appelle les fanfictions : inventées par des fans, reprenant les personnages de leurs films/livres/séries préférés, et écrivant leur propre histoire.

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C’est comme ça que pendant deux ans, j’ai alimenté deux skyblogs de fanfictions à la qualité plus ou moins douteuse : l’un sur Harry Potter (on ne se refait pas) et un autre sur le groupe dont j’étais fan à l’époque, BB Brunes. Oui, vous avez le droit de me juger, je ne vous en tiendrai pas rigueur.

En grandissant, je me suis éloignée de ce milieu, me rendant compte que la fanfiction était considérée comme quelque chose de ridicule, voire de honteux.

Exister dans les communautés masculines

Quand on évoque les fanfictions, on imagine assez souvent un genre littéraire très "féminin", un peu niais et débordant de sentiments. Ces œuvres étiquetées et marketées comme "féminines" ont du mal à se faire une place dans la culture dominante légitime.

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Les autrices et leurs œuvres ayant réussi à sortir du cadre d’Internet, comme E.L James avec 50 Nuances de Grey ou encore Anna Todd avec After, sont souvent moquées et parodiées. Mais pour autant, ce n’est pas un truc de midinettes : pour beaucoup de jeunes femmes comme moi, ces plateformes d’écriture ont été un moyen de se faire une place au sein de communautés de fans parfois très masculines.  

Durant mon adolescence, faire partie de cette communauté m’a donné davantage de confiance en moi, m’a permis de bien bosser mon anglais, mais surtout de développer une compétence qui est devenue mon métier : écrire pour être lue.

La fanfiction n’est pas morte, loin de là

Aujourd’hui, on parle moins qu’avant des fanfictions. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, elles ne sont pas mortes. Plume d’argent, Wattpad, Tumblr ou le grand fanfiction.net attirent encore énormément d’auteurs et autrices en herbe.

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Selon l’INA, au 1er mai 2017, fanfiction.net rassemblait 7 398 903 fanfictions… Dont quelques-unes que j’ai écrites, et beaucoup que j’ai lues. Et puisqu’elles collent à leur époque, les “fics” sur les séries télévisées ont explosé ces dernières années, à mon grand bonheur : je ne me lasse pas des suites sur Peaky Blinders, contenant mon impatience avant l’arrivée d’une nouvelle saison. 

La fanfiction est diverse, érotique ou politique. Elle est en train d’acquérir ses lettres de noblesse : en août 2019, le site Archive of Our Own, mastodonte de la fanfic, a gagné le prestigieux prix littéraire des Hugo Awards, qui récompense les meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy. 

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La fanfiction continue à prospérer de manière souterraine : ce n’est pas parce qu’on ne la voit pas qu’elle n’existe pas. Encore aujourd’hui, je me perds sur les forums, à la recherche d’une bonne histoire mettant en scène des héroïnes badass… à défaut d’écrire la mienne.

Par Pauline Ferrari, publié le 20/12/2019