AccueilSociété

Comment quatre frères ont volé des millions à Amazon en refourguant des brosses à dents

Publié le

par Battiste Delfino

"Rire jaune" (locution verbale) : se forcer à rire, en dissimulant maladroitement son dépit ou sa gêne.

La nature humaine a des travers dont les lois du marché s’accommodent facilement. Tandis que certains tentent désespérément d’écouler des iPhone à 10 000 dollars sur eBay, d’autres s’en mettent plein les poches en revendant des brosses à dents à prix d’or.

Comme le rapporte Wired, en seulement deux ans, quatre frères new-yorkais auraient escroqué Amazon pour un montant d’au moins 19 millions de dollars (soit environ 16 millions d’euros) en vendant, entre autres, des milliers de brosses à dents à 94 dollars (80 euros) directement à la plateforme. Ce mercredi, les procureurs fédéraux de l’État de New York ont accusé Yoel, Heshl, Zishe et Shmuel Abraham d’avoir facturé à Amazon un grand nombre de produits que la société n’avait jamais commandés.

Sur la plateforme commerciale de Jeff Bezos, les utilisateurs peuvent écouler leurs produits de deux manières : soit en passant par le service "Seller Central", qui permet aux particuliers de vendre directement leurs produits à d’autres particuliers, soit en utilisant la fonction "Vendor Central", qui sert plutôt aux entreprises, leur permettant d’écouler directement des articles sur Amazon, comme un grossiste, que le site revendra à ses clients moyennant une petite marge.

C’est ce second système que les quatre frères ont décidé d’exploiter. Ils sont poursuivis par Amazon pour arnaque à la "surexpédition", c’est-à-dire pour avoir envoyé intentionnellement à ce service de vente en gros plus de marchandises qu’Amazon n’en aurait commandées, facturant le total à des montants surréalistes.

Selon l’acte d’accusation, les frères auraient échangé les ASIN (Amazon Standard Identification Numbers) – la clé d’identification des produits vendus sur Amazon – des articles que la plateforme avait bel et bien commandés, pour les attribuer à de grandes quantités de marchandises différentes et les envoyer à la place.

Dans un cas, Amazon a commandé douze bidons de spray désinfectant au prix de 94,03 dollars. Les accusés auraient expédié 7 000 brosses à dents coûtant 94,03 dollars chacune, en utilisant le code ASIN du spray désinfectant, facturant ensuite à Amazon plus de 650 000 dollars (soit 550 000 euros).

Mais ce n’est pas tout : pour répondre à la requête d’un client, le géant des Gafam a commandé une bouteille de parfum de créateur pour 289,78 dollars. En réponse, selon l’acte d’accusation, les accusés ont envoyé 927 tondeuses à barbe en plastique coûtant 289,78 dollars chacune.

Cristina Posa, avocate de "l’unité des crimes de contrefaçon d’Amazon" a déclaré dans un communiqué avant-hier que, malgré le fait que la plupart des contrôles garantissent l’honnêteté entrepreneuriale de la majorité des vendeurs, il reste "des fraudeurs qui tentent de violer nos politiques, de victimiser nos clients et de porter préjudice à notre activité".

Bien que nous ne sachions pas encore si l’entreprise a pris des mesures pour raffermir ses contrôles, la société se veut ferme avec les contrevenants. L’avocate met en garde les prochains : "Nous sommes impatients de travailler avec les forces de l’ordre pour tenir ces acteurs responsables de leurs activités illégales", termine-t-elle.


Utilisez-vous régulièrement les services d’Amazon ? Contactez-nous via hellokonbinitechno@konbini.com pour nous en dire plus sur votre utilisation de la plateforme.

À voir aussi sur techno :