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Dans le petit monde des youtubeurs virtuels français

Publié le

par Benjamin Bruel

(c) Ponoki Chan / YouTube

Nous avons discuté avec deux youtubeuses virtuelles qui prennent l'apparence d'un personnage de manga pour faire des vidéos.

Des cheveux orange ou verts, les traits fins, la peau très blanche et de grands yeux aux couleurs profondes. Si la personne que vous avez sous les yeux n’est pas réelle et qu’elle ressemble à cette description proche d’un personnage de manga, c’est que vous êtes bien sur une chaîne de Vtuber, un youtubeur virtuel.

Très populaires au Japon et aux États-Unis, les youtubeurs virtuels existent en France depuis quelques années. Une petite niche, vivant cachée mais heureuse, s’est installée sur YouTube, mais aussi sur Twitch.

Kizuna AI et l’explosion des youtubeurs virtuels au Japon

Si vous n’avez jamais entendu parler de youtubeurs virtuels et qu’il ne fallait en citer qu’une, ce serait Kizuna AI. Avec près de trois millions d’abonnés sur sa chaîne YouTube principale, la starlette virtuelle a lancé une véritable mouvance populaire sur l’archipel nippon.

Depuis 2017, les Vtubers y sont devenus un vrai phénomène en ligne et commencent même à s’expatrier à l’international, à coups de vidéos de gameplay, de clips musicaux ou encore de lives kawaii.

L’agence nippone Hololive, qui dirige une autre des plus grosses chaînes YouTube du genre, vient d’ailleurs d’annoncer sa décision de s’exporter aux États-Unis pour professionnaliser des chaînes indépendantes. Ce lundi 15 septembre, c’est aussi la superstar américaine de Twitch, Pokimane, qui a lancé son premier live avec un avatar virtuel, faisant grand bruit dans le monde du streaming.

Faire évoluer son personnage, rester soi-même

Et chez nous ? Chez nous, c’est une vingtaine de chaînes YouTube qui ont surtout le souci de s’amuser et de développer leur personnage, dans l’ombre des grosses chaînes et des audiences pharaoniques.

"On est encore tout petit. J’ai conscience que c’est un public de niche, mais j’espère que ça va se développer, parce que ça permet plein de choses, nous explique celle qui dirige la chaîne Angel Vidéos, 25 ans, et qui souhaite rester anonyme. Ça permet aux artistes de développer leur univers, à ceux qui ne veulent pas se montrer de lancer une chaîne YouTube et à ceux qui sont mal dans leur peau de partager quelque chose en ligne."

Pour se lancer dans le petit game des Vtubers, c’est simple : le personnage est créé en ligne grâce à un outil (gratuit) comme VRoid. Une webcam, toute simple, filme ensuite la personne IRL, comme le ferait n’importe quel vidéaste. Enfin, ce sont des outils (gratuits ou payants) comme Leap Motion, FaceRig et Tracking World qui permettent de retransmettre en direct l’image du personnage créé, tout en conservant le véritable mouvement des mains, des lèvres ou des yeux. Un procédé à la portée de tout le monde.

Mais qu’est-ce qui les éclate, là-dedans ? "Pour moi, l’avatar, c’est ultra-essentiel. Ça représente notre identité en ligne et ce, même si je reste moi-même et que je ne joue pas un role play […]. Avoir une nouvelle enveloppe corporelle, tout en gardant ma personnalité, avec un côté manga, ça m’amuse", continue Ponoki Chan, 26 ans, qui a lancé sa chaîne en novembre dernier.

Même chose pour Angel, ou presque. "La première chose que j’aime, c’est quand tu utilises la réalité virtuelle et que tu fais du tracking en même temps. Tu incarnes vraiment ton personnage. C’est très bizarre, presque perturbant. Tu fais : 'Putain, on y est presque !' Ensuite, le fait de se créer un univers, montrer un peu sa personnalité, qui je suis, sans qu’on s’attarde sur mon apparence", explique Angel.

Garder l’anonymat, développer un personnage et l’améliorer au gré des technologies, tout en produisant un contenu finalement proche des autres vidéastes : lives de jeux vidéo, clips, vidéos en featuring et vlogs sont au programme. "Je n’ai pas envie qu’on reste dans une communauté fermée […], même si ça peut sembler étrange aux autres, on fait la même chose que les youtubeurs et streamers normaux. On propose simplement une autre apparence", conclut Ponoki Chan.

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