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Des fuites dévoilent comment Cambridge Analytica a manipulé des électeurs du monde entier

De nouveaux documents révèlent peu à peu comment Cambridge Analytica s'appuyait sur des données privées dans ses activités.

Qui a oublié l’affaire Cambridge Analytica ? Cette entreprise britannique, utilisée par Donald Trump durant sa campagne pour la présidentielle de 2016 aux États-Unis, a analysé les données de millions d’utilisateurs à leur insu, notamment via Facebook.

L’entreprise, qui s’était jouée des règles d’utilisation de Facebook pour cibler les électeurs américains indécis, a dû mettre la clé sous la porte moins de deux mois après la révélation du scandale, en mars 2018. Depuis, Netflix a réalisé un documentaire, The Great Hack, sur l’affaire. Et c’est dans celui-ci que le grand public découvrait Britanny Kaiser, une ex-employée devenue lanceuse d’alerte.

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Celle-ci serait à l’origine d’un nouveau leak de documents, selon le Guardian. Ceux-ci dévoilent, via le compte Twitter Hindsight Files, comment l’entreprise avait réussi à faire de la manipulation de l’opinion un business international, trompant des électeurs partout à travers le monde et se jouant de leurs opinions pour service au client de Cambridge Analytica.

L’industrie des données trompeuses

Une première série de cinq dossiers de plusieurs dizaines de pages révèle notamment des propositions commerciales ou des échanges de courriels montrant les activités électorales de Cambridge Analytica, mais surtout ses activités et sa politique en matière commerciale.

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Au Kenya ou en Malaisie par exemple, l’entreprise, mandatée pour des campagnes électorales, se rapproche également de grandes entreprises. Dans ce dernier pays, où la maison mère de Cambridge Analytica, SLC, a ouvert une antenne, l’entreprise avait proposé un projet à la compagnie pétrolière d’État Petronas pour améliorer son image dans certaines régions. Comme le raconte en détail Le Monde, SLC proposait un projet en trois phases permettant de mettre en place "une stratégie de communication sur plusieurs fronts".

Et on retrouve, en fin de document, des listings nominatifs d’habitants en fonction de leurs opinions politiques, de leur lieu de résidence ou de leur origine ethnique. Même si rien ne prouve qu’un contrat a été finalisé, ces documents montrent la politique agressive et invasive de l’entreprise pour contrecarrer les oppositions locales. En s’appuyant largement sur les données privées des habitants.

De nombreux autres documents viennent étayer ces pratiques. Selon Carole Cadwalladr, la journaliste du Guardian qui avait révélé les pratiques de Cambridge Analytica, 100 000 documents au total devraient être mis en ligne. Les cinq dossiers mis en ligne pour le moment comportent une centaine de pages.

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Par Benjamin Bruel, publié le 09/01/2020