(© Pixabay/CC)

D'ici dix ans, nous pourrions ne plus être capables de produire de nouveaux objets techs

Une nouvelle étude pointe du doigt l'urgence écologique que représente le numérique mondial.

Ce n’est pas un secret : malgré une grosse dimension immatérielle, le numérique pollue. Ces dernières années, nombreux sont les expert·e·s à s’être penché·e·s sur la question de la pollution numérique, et les citoyen·ne·s prennent de plus en plus conscience que derrière un mail ou une vidéo streamée sur YouTube se cachent d’énormes serveurs et data centers énergivores.

Aujourd’hui, une étude inédite, publiée par GreenIT, rebat les cartes des enjeux de la pollution numérique : oui, trier et supprimer ses mails est une bonne chose, mais ce serait très loin d’être suffisant. L’étude, disponible en accès libre, est un travail communautaire lancé par Frédéric Bordage, expert français du numérique responsable, fondateur de GreenIT et surtout du concept de "sobriété numérique" – ou comment utiliser la technologie en consommant le moins d’énergie.

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Les objets tech sont 5 fois plus lourds que le parc automobile français

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L’étude ratisse très large. Elle porte sur la consommation numérique des 4,1 milliards utilisateurs de 34 milliards objets divers (en 2019). Pour donner une idée, cela représente 223 millions de tonnes de matériel, l’équivalent de 179 millions de voitures, soit cinq fois le parc automobile français. Avec l’accès aux nouvelles technologies des pays émergents, l’étude prévoit qu’il y aura bientôt 5,5 milliards de consommateurs, ce qui aura des conséquences désastreuses pour l’environnement.

Pendant une dizaine d’années, les équipements étaient plus économes mais depuis l’arrivée des microprocesseurs à plusieurs cœurs, leur impact augmente à nouveau drastiquement. (© GreenIT)

Les nouvelles technologies ont une forte empreinte écologique car elles consomment énormément de ressources. De l’énergie évidemment, mais aussi de l’eau (7,8 millions de mètres cubes d’eau douce en 2019, en France) et surtout des minéraux précieux qui se raréfient à une vitesse effroyable.

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Ces ressources abiotiques (non-renouvelables et non-substituables) sont au cœur de nos machines : or, étain, antimoine, etc. À ce rythme-là, d’ici une dizaine d’années, nous pourrions atteindre l’épuisement total et définitif de ces dernières. Nous pourrions donc ne plus pouvoir produire de nouveaux objets techs.

En 2025, le numérique représentera presque 6 % de l’empreinte écologique de l’espèce humaine. Dans toutes les formes de pollution, la part des émissions de gaz à effet de serre va passer de 2,2 % en 2010 à 5,5 % en 2025.

Les cibles à abattre : les écrans et les objets connectés

L’élément inédit de cette étude est le fait qu’elle cible précisément les équipements technologiques qui posent problème. Si la part grandissante des objets connectés (smartwatch, etc.) est à surveiller de près, c’est surtout la taille des écrans (PC ou TV, très gourmands en ressources abiotiques) qui serait catastrophique.

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De manière générale, aux alentours de 2015, on a assisté à un basculement vers "l’informatique du loisir" : nous possédons désormais de puissants objets technologiques (consoles, smartphones, PC) pour notre simple plaisir. En outre, la culture du consumérisme nous pousse à renouveler très fréquemment nos équipements électroniques.

Des recommandations précises et "radicales"

Le rapport de GreenIt n’est pas un simple état des lieux alarmiste : il entend aussi donner des recommandations aux utilisateurs et utilisatrices ainsi qu’aux gouvernements, institutions et organisations internationales (comme l’Union européenne).

Pour ce qui est des citoyen·ne·s, dans leurs usages quotidiens, il s’agit principalement de réduire l’utilisation des équipements et de chercher des alternatives aux écrans, comme les vidéoprojecteurs ou les lunettes de VR.

Les recommandations faites aux gouvernements sont considérées plus "radicales" par Frédéric Bordage. Le principal objectif est de mettre un terme à l’obsolescence programmée, et l’une des meilleures solutions que les législateurs peuvent mettre en place est l’allongement des durées minimums de garantie des équipements.

Les offres de type "smartphones à 1 €" sont aussi dans le collimateur du rapport. (© Orange)

Évidemment, toutes ces actions doivent être menées à un niveau supranational pour être le plus efficace possible. Ainsi, le projet de loi "relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire" proposé par le gouvernement actuel est jugé peu suffisant par le rapport.

Le vrai défi sera de faire plier les différents lobbys, GAFAM et autres puissants industriels de la tech pour arrêter la folie consumériste avant de se prendre le mur qui semble, pour le moment, inévitable.

L’ensemble de l’étude est disponible, en accès libre, sur le site de GreenIt.

Par Pierre Bazin, publié le 22/10/2019

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