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En Afrique du Sud, on expose querelles et vengeances personnelles en chanson sur WhatsApp

Publié le

par Pierre Bazin

Sam Chitsama chante les dramas à son large réseau à des tarifs raisonnables.

Sam Chitsama est un musicien, claviériste et danseur originaire du Mozambique. Au sein de l’immense diaspora mozambicaine d’Afrique du Sud (environ 400 000 personnes), Chitsama s’est fait un nom en proposant un service pour le moins insolite sur WhatsApp, la célèbre application de messagerie détenue par Facebook.

Depuis quelques années, l’homme de 33 ans s’est en effet trouvé une nouvelle vocation : chanter les vengeances personnelles à son large réseau WhatsApp. Chitsama prend toute sorte de commande et, bien qu’il y ait parfois quelques déclarations d’amour en chanson, la majorité de son business est orientée autour des "potins" et autres dramas personnels. "Si payé, je chante vos querelles familiales privées au grand public sur WhatsApp", annonce-t-il.

Ainsi, pour 600 rands (environ 35 euros), Chitsama pourra écrire une chanson sur un mauvais patron, l’amant de votre moitié ou encore une tante cupide qui a récupéré tout l’héritage. Le concept paraît surréaliste, mais il rencontre un grand succès dans la diaspora mozambicaine. Des chansons de haine, de vengeance voire d’humiliation résonnent dans le large réseau WhatsApp de Chitsama, qui s’occupe d’écrire, chanter et mixer, le tout en ndau, une langue locale parlée dans l’ouest du Mozambique.

Vous pouvez également "souscrire" pour 50 euros de plus à une formule "boost", qui permet de régulièrement rediffuser ces chansons tous les trois mois.

Alternative à une justice défaillante ?

La plupart des clients de Chitsama sont des migrants mozambicains plus riches vivant en Afrique du Sud. Certains de ses "potins chantés" deviennent même des tubes locaux. Par exemple, en 2018, l’artiste produit une chanson (très dansante) commandée par un magnat de l’or qui apostrophe le nom d’un jardinier pour une histoire d’adultère.

La popularité des chansons de Chitsama pourrait s’expliquer par le fait qu’elles constituent une sorte de "justice alternative" pour la diaspora mozambicaine. Selon une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la majorité de cette population n’aurait aucun accès aux tribunaux. Alors, pour régler les litiges civils, le service de Chitsama apparaît comme une alternative aussi violente que dansante.

De son côté, l’artiste reste serein. Il déclare ne ressentir aucune pression pour cacher les noms des parties impliquées, sauf si cela implique des enfants, précise-t-il à Rest of World. "L’audio WhatsApp payant… appartient au client, a-t-il déclaré. Et les conséquences qui pourraient suivre aussi."


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