Un énorme couac tech à l’origine d’un (et sûrement deux) crash de Boeing

Sur le banc des accusés, le Maneuver Characteristics Augmentation System (MCAS).

Un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Lion Airlines © Bathara Sakti / Flickr

En octobre dernier, un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne Lion Air s’est crashé en Indonésie. Bilan : 189 morts. Dimanche dernier, un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines s’est crashé en Éthiopie. Bilan : 157 morts.

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Du premier crash, on connaît la cause. Du second, en revanche, aucune certitude, mais les similarités constatées laissent penser que l’origine de l’accident serait la même. À savoir, le nouveau système technologique baptisé MCAS pour Maneuver Characteristics Augmentation System

Le MCAS, qui ne se déclenche que si le mode pilote automatique est désactivé, est une fonctionnalité pensée pour éviter le décrochage d’un avion, c’est-à-dire la perte de portée aérodynamique due à un angle d’inclinaison de l’appareil trop élevé. L’ajout de cette fonctionnalité est justifié par le poids accru du Boeing 737 MAX, par rapport au 737 traditionnel, ce dernier étant flanqué de deux moteurs plus puissants, donc plus lourds, situés plus à l’avant de l’appareil que pour son prédécesseur.

Le MCAS se déclenche à l’aide d’une sonde. C’est sur ce point qu’il y a eu deux problèmes pour le Boeing de la Lion Air, et probablement pour celui de l’Ethiopian Airlines. On a d’abord eu une défaillance de la sonde, qui a continué à transmettre des informations erronées. Et, dans la foulée, des pilotes qui ne savaient pas désactiver le MCAS. Probablement parce qu’ils ne savaient même pas que le MCAS existait, faute de formation exhaustive à l’utilisation d’un arsenal technologique embarqué toujours plus important.

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Après le premier crash, Boeing avait été sommé d’agir. D’abord, prévenir les compagnies aériennes du risque d’accident lié au MCAS et leur présenter la parade. Puis se lancer dans une grande opération retro-enginering, en examinant après coup les bogues pour les corriger, comme dans un software classique. Malheureusement, le crash de l’Ethiopian est arrivé entre-temps.

La flotte mondiale des 371 Boeing 737 MAX reste à terre jusqu’à nouvel ordre. Outre les pertes humaines dramatiques, ce gel généralisé pourrait coûter très très cher à l’entreprise américaine.

Par Pierre Schneidermann, publié le 14/03/2019

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