Faites-vous vraiment du bien à la planète en utilisant une trottinette ?

Quand la trottinette électrique pollue finalement plus que la voiture.

Il est trois heures du matin, vous sortez d’une soirée arrosée. Pas assez d’argent pour un Uber, pas assez de courage pour faire 4 kilomètres à pied. Ce sera donc la trottinette électrique. Une fois arrivé chez vous, l’appli vous félicite pour votre trajet qui n’a émis aucun CO2. Aucun CO2 ? Vraiment ?

Bird, fournisseur de trottinettes électriques en free-floating, avance que ses véhicules permettent "d’éviter les bouchons tout en réduisant ses émissions de CO2". Son rival, Lime, se targue de "réduire la dépendance aux véhicules personnels et de laisser les futures générations avec une planète plus propre". 

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Mais le simple fait que leurs véhicules ne crachent pas des particules de dioxyde de carbone ne signifie pas qu’ils ne polluent pas. Les trottinettes ne seraient pas cet eldorado écologique que l’on a bien voulu nous présenter

L’impact sur le climat qu’ont ces véhicules dépend autant de la façon dont ils ont été assemblés de ce qu’ils remplacent et de leur durée de vie. Des chercheurs de l’université de Caroline du Nord ont mené une évaluation sur le cycle de vie d’une trottinette afin de savoir si celle-ci était vraiment une alternative écologique viable. On s’en doute : c’est non.

D’abord, le constat

L’étude secoue les idées reçues en affirmant que ces véhicules électriques produiraient généralement plus d’émissions par passager qu’un bus diesel standard. Les trottinettes seraient, de la même façon, plus polluantes qu’une mobylette, qu’un vélo électrique, qu’un vélo ou encore que la marche (jusque-là, pas de souci).

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Les chercheurs avancent plusieurs chiffres choc. Selon eux, Bird et autres Lime émettent la moitié du gaz à effet de serre d’un véhicule américain standard. On passe ainsi de 260 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre pour la voiture américaine à 125 grammes pour la trottinette. En France, le constat est encore plus triste, car un véhicule neuf en 2018 émettrait en moyenne 112 grammes par kilomètre parcouru. La trottinette polluerait donc plus que la voiture en France. 

Autre fait consternant : 34 % seulement des utilisateurs sondés auraient utilisé leur voiture ou du covoiturage à la place de la trottinette. Presque la moitié des gens auraient marché ou pris leur vélo, 11 % auraient pris le bus et 7 % seraient juste restés chez eux. 

En gros, presque deux fois sur trois, la trottinette générerait plus de gaz à effet de serre que ses alternatives. Ajoutez à ces émissions déjà existantes les trajets des opérations de récupération et de recharge des véhicules par les "juicers", et vous arriverez à un topo global assez défavorable.

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Maintenant, les explications

La moitié des émissions proviendrait du processus de fabrication.

Les chercheurs ont désassemblé une Xiaomi M365, modèle utilisé par Lime et en partie par Bird (la flotte est en train d’être remplacée), pour mieux mesurer l’impact environnemental de l’extraction des matières premières, la production et la livraison de tel ou tel matériau. Tout ceci a un coût écologique : l’extraction détruit la planète, la fabrication consomme beaucoup d’énergie (donc de CO2) et la livraison aussi.

Autre zéro pointé pour l’espérance de vie de l’appareil, extrêmement limitée. La faute à qui ? Au mauvais traitement que les trottinettes subissent au quotidien. Les chiffres varient énormément. Il y a deux ans, on estimait qu’une Bird vivait 28,8 jours. Mais avec les nouveaux modèles, il est permis de penser que la durée de vie s’est considérablement allongée.

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Un nouveau défi, donc, pour les constructeurs de trottinettes, qui devaient déjà composer avec la grogne montante des citadins.

Par Bertrand Steiner, publié le 06/08/2019

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