(c) Bonjour404

Fétichisme : on a discuté avec un collectionneur de pages 404

"Cette page est en général la seule page d'un site où un graphiste a carte blanche pour exprimer sa créativité sans limites."

Quand vous arrivez sur une page Web qui n’existe pas ou n’existe plus, vous tombez sur une page indiquant une "erreur 404". Si cette page n’est pas designée, elle est toute moche. Mais, culture Web oblige, beaucoup de sites s’emploient à rendre l’expérience moins traumatisante, grâce à une conception léchée. Depuis bientôt dix ans, le site Bonjour 404 recense les plus belles pages 404 du Web. On a discuté avec son créateur.

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Pour des raisons de clarté, l’interview a été éditée.

Konbini | Qui êtes-vous ?

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Je m’appelle Vincent Cecchi, j’ai 31 ans. Depuis trois ans, je suis responsable SEO au sein du Groupe LDLC, connu notamment pour les sites ldlc.com et materiel.net. Ayant grandi dans les années 1990, j’ai vécu le développement du Web grand public et j’ai toujours été passionné des cultures alternatives qui s’y sont développées.

Pourquoi avoir décidé de créer un site dédié aux pages 404 ?

Tout est parti du site Bonjour Madame, lancé en 2009 et qui proposait chaque matin comme son nom l’indique une photo de jolie fille. Ce site a rapidement été un phénomène sur le Web français et a engendré de très nombreux clones tous plus absurdes les uns que les autres, tout y est passé : les poneys, les roux, les moches, les chats, les chiens, les motos, les aliens, différentes variantes pornographiques, les œuvres d’art, les matières fécales et j’en passe.

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L’idée était donc avant tout de créer ma propre déclinaison de "Bonjour" avec quelque chose d’assez visuel. Un article américain, qui était publié à cette époque sur les plus belles pages 404, m’a mis sur la piste.

Le concept original d’une publication par jour a été tenu pendant près de deux ans, avant de passer à un rythme hebdomadaire beaucoup moins chronophage. Bonjour 404 fêtera bientôt ses dix ans, et atteindra dans quelques semaines la millième page 404 publiée – preuve que le concept est quasi infini.

La page 404 de Pixar. (© Pixar)

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D’où est né votre intérêt pour les pages 404 ?

Disons qu’il s’agit plutôt d’un intérêt pour les beaux designs. Cette page est en général la seule page d’un site où un graphiste a carte blanche et peut exprimer sa créativité sans limites. C’est donc intéressant de voir le nombre de déclinaisons créatives qu’il est possible de faire autour d’un chiffre et d’un concept.

J’en serais incapable pour ma part, ce qui me rend d’autant plus admiratif de ces créateurs. C’est un peu une photographie d’Internet et de la culture Web, on y retrouve des références en pagaille : mèmes, vidéos de chat, code informatique, jeux vidéo…

Même les grandes marques s’y sont mises, comme Pixar, Lego, Blizzard ou encore Airbnb.

La page 404 animée de Blizzard. (© Blizzard)

Comment faites-vous pour dénicher de nouvelles pages ?

La quasi-totalité des images publiées proviennent de propositions d’internautes, directement par mail ou par le formulaire de soumission dédié du site. Je les remercie d’ailleurs chaleureusement, ils m’épargnent la plus grosse partie du travail.

Quel est votre souvenir le plus marquant en la matière ?

La page 404 la plus connue, et à mon avis la plus réussie de tous les temps, était probablement celle du site bluedaniel.com, qui était réalisée en Flash et montrait une scène du métro new-yorkais. Elle n’est malheureusement plus accessible à ce jour.

Du côté des pages toujours actives, j’ai une préférence pour celles qui proposent une vraie interaction, comme la page 404 de Corsair qui propose un petit jeu jouable dans le navigateur dans l’univers des pirates.

L’ancienne page 404 de Blue Daniel. (© Blue Daniel)

Est-ce que vous constatez une augmentation du nombre de ces pages ? Est-ce qu’on vous en soumet plus qu’avant ?

Pas spécialement, le rythme est stable. J’ai quand même l’impression que c’est devenu un réflexe lors de la création d’un site de prévoir une page 404 un minimum personnalisée, ne serait-ce que pour le confort des internautes qui tomberaient sur une page d’erreur. Si Bonjour 404 a pu y contribuer, tant mieux.

Comptabilisez-vous beaucoup de vues sur votre site ?

Cela reste un sujet de niche. Le site est visité par environ 2 000 visiteurs par mois, parfois plus au gré des articles sur l’erreur 404 qui font parfois référence à Bonjour 404, avec un record absolu il y a quelques années après un article publié sur Le Monde.

Existe-t-il d’autres sites similaires ?

Les pages 404 originales sont un sujet récurrent des classements et autres best-of sur de nombreux sites traitant de sujets tech ou designs. Mais je n’ai pas connaissance d’autres sites qui en répertorient autant.

Avez-vous lancé d’autres sites insolites du même style ?

J’avais lancé en 2012 un compte Twitter, @Google__Fail, qui a eu un petit succès et qui recensait toutes les recherches Google les plus improbables, réellement cherchées par des internautes, que je récupérais dans les données Google Analytics du site de jeu vidéo Gamekult, chez qui je travaillais à l’époque.

Les gens cherchent vraiment n’importe quoi dans Google. On trouvait par exemple des choses comme "mon pouce est violet, est-il cassé ?", "nettoyer vomi parquet" ou encore "comment survivre à une attaque de zombies". Google a ensuite sifflé la fin de la récréation en rendant impossible la récupération par les webmasters des recherches Google depuis Google Analytics pour des raisons de protection des données personnelles.

Y a-t-il une communauté mondiale des fans de page 404 ?

Avec un rassemblement annuel et un recueillement religieux devant le bureau 404 du CERN, en Suisse ? Non, je ne crois pas, mais c’est une idée à creuser…

Par Clotilde Costil, publié le 29/10/2019

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