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Il existe (évidemment) une version de Chatroulette en caractères ASCII

ASCII Roulette, le ravalement de façade inutile du chat vidéo le plus glauque des Internets qui vient tout juste d'être développé.

Nous sommes en l’an de grâce deux mille neuf. Seul dans sa chambre moscovite, un étudiant de 17 ans s’apprête à faire passer un cap décisif au World Wide Web. Le 16 novembre 2009, Andrey Ternovskiy lance Chatroulette, codé "en deux jours et deux nuits", tel qu’il l’expliquera plus tard au New York Times. Le principe est aussi élémentaire qu’absurde : la plateforme vous envoie dans un chat vidéo à la Skype avec un parfait inconnu, sélectionné au hasard, n’importe où dans le monde. Dès que la conversation vous lasse, vous relancez les dés en un clic, et on vous présente un nouvel interlocuteur.

Le premier jour, environ 50 personnes se connectent simultanément. Le mois suivant, elles sont 50 000. Début 2010, le monde entier traîne sur Chatroulette, seul, en couple ou entre potes, tard dans la nuit, ivre et plus ou moins à poil. Le site enregistre 1,5 million de visiteurs uniques par jour. On s’y déguise en chat, on brandit des panneaux plus ou moins drôles, trash ou obscènes, on se marre, on s’esbaudit, on se met en scène, on choque, on s’évade. La presse généraliste est fascinée. Et c’est à ce moment-là que ça dégénère. Vous rêviez de débats passionnants avec une ingénieure sri lankaise ou un chercheur congolais ? Raté.

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Dans cette lutte géante pour captiver (une pression sur F9, et tout s’arrête), l’outrance est la seule méthode de survie. Début 2010, Chatroulette devient donc le rendez-vous de tous les exhibitionnistes refoulés, à tel point que passer une demi-heure à "zapper" du flux vidéo sans croiser une bite turgescente relève du miracle. Selon les chiffres de l’époque, près de 9 utilisateurs sur 10 sont des hommes, et une interaction sur huit suppose un face-à-face impromptu avec des verges. L’utopie finale du Web, celle d’un "village global" uni par la grâce de la communication instantanée, est une garçonnière géante pour ados solitaires, vieux pervers et foules de voyeurs. L’amphithéâtre de l’anarchie. L’expérience sociale planétaire a tourné court.

Dix ans après... rien

Dix ans après son lancement, Chatroulette perdure dans la mémoire collective comme un souvenir de soirée un peu gênant, un peu coupable aussi, aux contours flous mais aux détails encore vivaces (car non, on n’oublie pas facilement ce genre de rencontre). La plus grande invention depuis YouTube a été balancée sous le tapis. Dix ans après, le site est toujours en ligne, tout comme une flopée de copycats. Vestiges d’un passé ou l’on consommait de l’humain comme des programmes de télévision (en cliquant sur un gros bouton "Next", cri de ralliement de l’époque), mais aussi prémisses d’un présent où le rapport amoureux débute avec un swipe.

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Aujourd’hui, donc, Chatroulette est une relique sacrée de l’histoire du Web, parfaitement conservée. Mais Internet n’oublie jamais vraiment et le 17 juillet dernier, le développeur Max Hawkins a dévoilé, sur Twitter, ASCII Roulette. Soit une créature hybride et maléfique, née de la fusion de deux piliers du lol en ligne. Faut-il vraiment vous expliquer le principe ? C’est Chatroulette, sauf que toute l’interface est composée de caractères ASCII. À en croire Hawkins, neuf autres personnes ont collaboré sur le projet. Allez-y, juste pour frissonner. C’est imparfait, ça plante, mais c’est beau. Et difficile de ne pas s’émouvoir quand on réalise qu’il y manque l’essentiel : les gens.

 

Par Thibault Prévost, publié le 19/07/2019

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