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Il rachète le nom de domaine de Google Argentine pour le prix d’un demi-kebab

Publié le

par Pierre Bazin

Les affaires sont les affaires.

Nicolas Kuroña Berazategui est un webdesigner argentin de trente ans plutôt lambda : il n’a pas contribué à la création d’un réseau social ou inventé une IA de calcul quantique. En revanche, pour la modique somme de 270 pesos (environ 2,40 euros), il a été (techniquement) propriétaire du nom de domaine de Google Argentine.

Cet achat a été effectué via "une procédure légale classique", comme il l’explique à nos confrères de la BBC. Nicolas lui-même n’y croyait pas et pourtant, c’est bien ce qu’il s’est passé puisque Google Argentine a confirmé en effet que "pour une courte période, le nom de domaine a été acquis par quelqu’un d’autre".

Une curiosité bien placée

Pour Kuroña, tout commence mercredi 21 avril dernier au soir. Dans sa banlieue de Buenos Aires, il conçoit, comme à l’accoutumée, un site Web pour un client. Soudain, son WhatsApp se met à vibrer à plusieurs reprises : Google est en panne en Argentine. Jusque-là, rien de bien choquant, cela nous était d’ailleurs arrivé en France en décembre dernier.

Le webdesigner entre alors l’adresse "Google.com.ar" dans sa barre de navigation pour constater en effet que le service est down. Mais ensuite, sa curiosité le pousse sur un autre site : le Network information center, ou NIC Argentina, organisme gestionnaire de l’exploitation des noms de domaine de sites argentins (en ".ar"). Naïvement, il tape le domaine de Google Argentine et voit, stupéfait, que ce dernier est disponible à l’achat.

Peu confiant sur le succès possible de cette entreprise, il suit quand même, étape par étape, la procédure d’achat de domaine. Quelques minutes plus tard, il reçoit la facture qui lui confirme l’impossible : il vient d’acheter le domaine de Google Argentine pour 270 pesos, soit 2 euros et 40 centimes.

Un grand pouvoir implique… rien du tout

"Je voudrais annoncer qu’en rentrant sur nic.ar le nom de domaine de google.com.ar, je l’ai vu disponible et, puisque tel était le cas, je l’ai acheté !"

Techniquement, Nicolas Kuroña pouvait toucher des millions d’utilisateurs. Ce véritable hold-up a attiré l’attention de Twitter. Comme le rappelle le magazine Rest of World, le trentenaire était déjà un peu connu sur le réseau social pour ses positions pro-Trump, affirmant régulièrement le soutien des Latino-Américains à l’ancien président des États-Unis. On le sait aussi fan de cryptoactifs.

Le webdesigner devient rapidement une espèce de David local contre le Goliath de la tech. Il est même comparé à Maradona en personne. "Même Google n’est pas à l’abri de l’insécurité argentine", ironise un utilisateur de Twitter. Un autre enjoint Kuroña de revendre le domaine, en bitcoins, à Google, lui affirmant qu’il pourrait en toucher au moins 100 000 dollars.

Mais Nicolas Kuroña ne fera rien de tout ça, assez intimidé de l’ampleur prise par les événements. Rapidement, la méprise sera réglée et le site reviendra dans les mains du géant Google. Le webdesigner, quant à lui, se dit soulagé de ne pas avoir eu d’ennuis.

Un fautif nommé ?

Comment le nom de domaine de Google Argentine a-t-il pu être vendu aussi aisément ? Ici encore, il est difficile de déceler un fautif. Une première théorie émise était que Google n’aurait pas renouvelé son domaine et en aurait ainsi brièvement perdu les droits.

Cette hypothèse a été vite balayée, notamment par le chercheur Andrés Vázquez, qui travaille étroitement avec le projet Open Data Córdoba, en charge de surveiller les expirations de domaines de sites argentins. Comme il explique à Rest of World, la licence de Google.com.ar avait bien été renouvelée l’été dernier et ne devrait expirer qu’en juillet prochain.

Le géant du Web a confirmé cette information et joue, pour le reste, la carte de l’ignorance dans un bref communiqué fourni à nos confrères :

"Le problème qui affectait l’accès à google.com.ar a été résolu. Nous regrettons les désagréments causés par la situation et nous continuons d’enquêter sur les causes."

Les principales causes plausibles restantes seraient plutôt à chercher du côté du Network information center. Bien que les employés du centre d’information aient répondu qu’il n’y avait pas encore de "diagnostic final" à tirer, c’est tout de même de ce côté-là que se trouve l’erreur, selon le chercheur Andrés Vázquez :

"Il est très probable que [Kuroña] dise la vérité. […] [Le NIC] a fait une erreur et a laissé ce type s’enregistrer et prendre le contrôle du domaine."

Selon lui, c’est probablement une maintenance sur le site du NIC, couplée au bug de serveur de Google Argentine, qui aurait permis au webdesigner d’acheter le domaine. En tout cas, aucune confirmation n’a été donnée par l’un des acteurs impliqués (NIC, Google et Nicolas Kuroña Berazategui) sur un éventuel remboursement de ces 270 pesos dûment dépensés.


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com

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