La bonne idée : un bot pour repérer les députés qui trafiquent leur page Wikipédia

Un bot, sur Twitter, qui surveille toutes les modifications de pages Wikipédia réalisées depuis l'Assemblée nationale.

Laetitia Avia, députée de la huitième circonscription de Paris sous les couleurs LREM, a récemment fait l’objet de révélations peu flatteuses publiées dans Mediapart.

L’enquête, publiée le 12 mai, relaye les témoignages de plusieurs assistants et collaborateurs de celle qui est également porte-parole de son parti. Ils l’accusent de cultiver une ambiance moribonde au sein de son équipe, fleurant parfois le harcèlement, le racisme ou l’homophobie. La députée, qui porte la loi contre la cyberhaine dans l’hémicycle, s’est défendue de ces accusations sur Twitter.

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Laetitia Avia contre sa page Wiki

Mais l’enquête de Mediapart relate aussi une affaire dans l’affaire : comment Laetitia Avia aurait tenté de modifier sa page Wikipédia pour supprimer certaines informations encombrantes.

"Wikipédia, il y a plusieurs choses à faire. Il faut prendre le contrôle sur cette page. Il ne suffit pas juste de supprimer le paragraphe sur Le Canard Enchaîné, il faut le réécrire de toute façon et le sourcer quand on le réécrit", aurait-elle écrit à l’un de ses collaborateurs à propos d’un passage avec un chauffeur de taxi.

Comme le racontent nos confrères des Numériques en détail, cette même section de la page Wikipédia de la députée aurait dès lors subi plusieurs modifications. Un utilisateur en particulier a effectué sept modifications en moins d’une heure, faisant sauter de nombreux passages. Rapidement, un autre wikimédien a réagi, inscrivant en commentaire : "Le fait que vous soyez collaborateur de LA ne vous donne pas de privilèges éditoriaux sur cet article, et certainement pas celui d’en retirer des passages sourcés".

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Un bot pour débusquer les pages modifiées depuis l’Assemblée nationale

L’affaire "Avia – Wikipédia" n’est en réalité pas un acte isolé de traficotage d’une page Wikipédia par un député ou une personne travaillant au sein de l’Assemblée Nationale. Le 15 mai, à la suite des révélations de Mediapart, un bot a été créé sur Twitter pour débusquer et exposer toutes les modifications de pages ayant été faites depuis des adresses IP de l’Assemblée Nationale.

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Contacté par Konbini Techno, le créateur de ce bot se présente comme "citoyen français" et "data scientist dans l’intelligence artificielle". Il souhaite rester anonyme et nous affirme également avoir reçu des menaces à la suite de la création de son bot. "Ma motivation est simple : les affaires judiciaires et les votes de mes députés doivent rester publics", note-t-il par message privé.

Pour récupérer les adresses IP de l’Assemblée Nationale, il utilise le site le registre européen RIPE, qui répertorie les IP d’entreprises ou d’établissements publics. Les pages sont ensuite scannées avec le site Wikiscan. "Le bot surveille toutes les modifications Wiki venant de l’AN et les publie. Il publie également deux anciennes modifications/jour", nous explique-t-il en message privé.

Il explique par ailleurs avoir "découvert pour l’instant plus de 50 suppressions graves sur les 5 dernières années" sur les pages Wikipédia liées aux membres de l’Assemblée Nationale.

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Quatre jours à peine après sa création, le compte Twitter a presque atteint les 20 000 abonnés. "Je vais également rajouter les IP du Sénat, l’Élysée et plusieurs ministères cette semaine", conclut le chercheur.

Par Benjamin Bruel, publié le 19/05/2020