Aux États-Unis, désormais cinq morts liées à la cigarette électronique

450 autres patients manifestent les mêmes symptômes.

Le 26 août dernier, aux États-Unis, un premier patient, dont l’identité n’avait pas été dévoilée, décédait d’une maladie pulmonaire inconnue liée à la cigarette électronique. L’information nous avait été rapportée par le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Selon la même organisation, 193 personnes avaient été frappées par les mêmes symptômes depuis le 28 juin.

Deux semaines plus tard, le bilan s’est alourdi : 5 patients sont morts des suites de leur maladie et 450 autres cas possibles ont été relevés dans 33 États.

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Des symptômes préoccupants

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Les principales manifestations de cette maladie sont un essoufflement inhabituel et une grande difficulté à respirer. Certains patients ont exprimé une douleur thoracique avant d’être hospitalisés, tandis que d’autres connaissent des vomissements, des diarrhées aiguës et de la fatigue.

La maladie touche principalement les adolescents et les jeunes adultes. Rien de très étonnant puisqu’une étude de la Food and Drugs Administration (FDA) montre que le nombre de lycéens utilisant des cigarettes électroniques a augmenté de 78 % de 2017 à 2018. Le vapotage aurait pris une telle ampleur chez les jeunes que les autorités qui y sont confrontées considèrent qu’il s’agit d’une "épidémie".

Sur les scans des poumons des patients, la maladie ressemble à une pneumonie virale ou bactérienne, mais aucune infection n’a pu être trouvée sur les tests – les radios restent cependant tout aussi édifiantes :

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Scans de poumons de quatre patients, âgés de 19 à 49 ans, montrant des dommages liés à l’utilisation de cigarettes électroniques. (© New England Journal of Medicine)

Dans un cas particulièrement sévère en Utah, un homme de 21 ans avait des poumons tellement endommagés que même un ventilateur ne suffisait pas à l’aider à respirer. Pour qu’il survive, ses médecins ont été obligés de le connecter à une pompe envoyant de l’oxygène directement dans ses vaisseaux sanguins. 

Des fluides tirés de ses poumons contenaient des cellules sanguines devenues blanches car pleines de graisse, originaire non pas des substances qu’il avait fumées mais plus probablement de l’effondrement de son tissu pulmonaire. 

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Mystère médical

La FDA attire l’attention sur le fait qu’il semble y avoir un danger particulier pour celles et ceux qui vapotent du THC, l’un des principes actifs de la marijuana. L’organisation explique qu’une partie significative des échantillons de fluides de cigarettes utilisées par les patients incluaient du THC, mais aussi de l’acétate de vitamine E. Cette substance huileuse pourrait rentrer dans les poumons avec les vapeurs puis y rester, causant les dégâts qu’on connaît. 

Dans un communiqué, la FDA s’est voulue prudente :

"Comme les consommateurs ne peuvent être sûrs si tel ou tel produit au THC contient de l’acétate de vitamine E, il est fortement recommandé d’éviter d’acheter ces produits dans la rue, d’éviter d’utiliser de l’huile de THC ou même de modifier n’importe quel liquide acheté en magasin."

Une image dévoilée par le département de santé de l’État de New-York montrant des produits qui se sont avérés contenir de l’acétate de vitamine E.

Mais ceci n’explique pas tout : certains des patients tombés gravement malades n’ont, semble-t-il, pas fumé de THC. Comme le rapporte le Journal de médecine de Nouvelle-Angleterre, sur 53 cas dans l’Illinois et le Wisconsin, 17 % des patients disent n’avoir fumé que des produits nicotiniques.

Pour essayer d’en savoir plus, les autorités exhortent tous les médecins du pays à rapporter les cas inexpliqués d’infections pulmonaires liés à la cigarette électronique, en plus d’informations sur les produits que les patients utilisent.

Pourquoi seulement maintenant ?

Il y a plusieurs hypothèses. La première : avec le boom des cigarettes électroniques et un afflux de nouveaux produits, un cocktail dangereux se serait infiltré dans le lot. Une fois en contact avec les poumons des fumeurs, le produit déclencherait une réaction dangereuse, voire létale. 

La deuxième : le syndrome ne serait pas, en réalité, totalement nouveau. Certaines personnes auraient déjà contracté cette maladie et leur maladie n’aurait tout simplement pas été reliée à la cigarette électronique. Celle-ci s’étant démocratisée, la corrélation serait maintenant plus facile à établir.

Pour l’instant, la première théorie est privilégiée par les autorités publiques, qui recherchent donc la ou les substances qui pourraient expliquer cette pathologie.

Par Bertrand Steiner, publié le 09/09/2019

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