Tom Pennington / Getty Images via AFP

La production de Segway s'arrête et j'en suis heureuse

Terminé les gyropodes.

Si, comme moi, vous avez toujours eu une haine incontrôlable envers les gyropodes, ces sortes d’engins loufoques où l’on avance en se tenant debout, vous serez également ravis d’apprendre aujourd’hui que la production de Segway a définitivement cessé.

Avec sa création en 2001, on a pu commencer à voir fleurir çà et là ces objets insensés, cette espèce d’enfant un peu bâtard de la trottinette, sans que le Segway ne s’impose vraiment jamais réellement comme un véritable moyen de locomotion pour le grand public. Mon inimitié envers les Segway a débuté tôt, à la vue de ses deux roues démesurées. Qui oserait payer 4 000 euros pour se promener comme un personnage sur un char lors d’une parade Disney ?

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Pensé comme un transport "futuriste" (permettez-moi les guillemets), le Segway de Dean Kamen a été abandonné et revendu par son propriétaire à une entreprise chinoise, Ninebot, en 2015. Vite dépassée par ce concept étrange, elle a eu vite fait de le décliner de toutes les façons possibles, du hoverboard à la trottinette, en passant par le démoniaque monoroue. La mode du Segway s’est alors peu à peu effacée (avait-elle réellement existé ?).

Je ne pense pas être à la seule à être rebutée par la simple idée de me tenir debout sur cet étrange et inutile caddie de golf, puisqu’en 2019, le gyropode ne représentait plus que 1,5 % des revenus de Ninebot. Oh, il y a eu des tentatives pour en faire une activité cool et branchée. Combien de fois ai-je été importunée, en vaquant au gré des Wonderbox perpétuellement offertes à Noël, par ce genre de proposition :

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Non, pour moi, l’idée de parcourir les plages et les paysages du Morbihan à bord de cet engin du démon est d’une indécence sans limite. Si l’idée pouvait paraître révolutionnaire il y a vingt ans, elle a rapidement été avortée par la naissance plus tardive de la trottinette électrique. Celle-ci, bien qu’elle ait envahi nos rues sans vergogne, a au moins le mérite de ne pas disposer de roues dont la taille ferait pâlir le plus fier des Hummer.

Je n’ai même pas mentionné le Segway SE-3 Patroller, qui roulait, lui, sur non pas deux, mais bien trois roues. C’est d’ailleurs l’un de ces modèles qui étaient employés dans une tentative de modernisation de nos brigades montées.

Quand je parlais de char de parade Disney, ce n’était pas une blague.

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Vous avez forcément, une fois dans votre vie, croisé des policiers ou des gendarmes embarqués à bord de Segway. Je me retiendrai ici de tout commentaire, même si l’idée de me faire rouler après par des agents des forces de l’ordre à bord de ces engins me terrifie pratiquement autant que le jeu Amnesia.

Je sais que je ne suis pas la seule à nourrir ce désamour profond pour cette fausse trottinette, dont le nom ressemble étrangement à gastéropode (rappelons que le Segway atteint un maximum de 16 km/h). Certains ont essayé de comprendre cette haine éternelle envers lui, d’autres l’ont simplement assumé envers et contre tous. Ce qui est marrant, c’est qu’avec sa forme particulière et son guidon plat, les gens qui sont victimes de malencontreux accidents de Segway s’étalent mollement comme de braves crêpes mues par l’avidité de la vitesse.

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En bref, le Segway, c’est terminé. Nul doute que son papa, Dean Kamen, a encore plein d’idées derrière la tête, comme celle, toute simple, de lancer une usine de production de masse d’organes humains.

Finalement, ce qu’on peut retenir positivement du Segway, c’est qu’il aura poussé un grand nombre d’acteurs de la mobilité électrique à simplement ne pas reproduire cette erreur. Aujourd’hui, on peut remercier ce gyropode pour ces visions d’hommes d’affaires allant à toute berzingue à bord de trottinettes électriques, lorsque celles-ci ne jonchent pas les trottoirs. Surtout, sans le Segway, on n’aurait pas cette vidéo :

Par Victoria Beurnez, publié le 24/06/2020