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Le tout premier streamer de l’histoire, c’est lui

Publié le

par Pierre Bazin

C’était en 1993, bien avant l’arrivée de Twitch.

De quand date le premier live stream de jeux vidéo ? De but en blanc, on serait tentés d’aller voir du côté des premiers lives de Justin Kan en 2007 sur Justin.tv, plateforme qui allait devenir quelques années plus tard la célèbre plateforme Twitch. Mais on pourrait aussi parler de sites plus anciens comme Stickam (2005) ou tout simplement des premières diffusions (avec commentaires) de compétitions d’e-sport comme ESL TV en Allemagne, Afreeca TV en Corée du Sud, etc.

En réalité, la première fois qu’une personne a joué aux jeux vidéo en direct ne date pas des années 2000… mais de dix ans plus tôt.

En 1993, la chaîne locale et communautaire Access Tucson en Arizona (États-Unis) lance "Video Games and More", une émission consacrée aux sorties de jeux vidéo récentes. Sur l’écran cathodique, on pouvait voir un jeune homme de douze ans jouer aux jeux vidéo en direct : "Zot the Avenger".

De son vrai nom J. J. Modes, le désormais quadragénaire raconte à nos confrères de PC Gamer sa carrière avant-gardiste dans le live streaming de jeux vidéo. Les yeux rivés devant son écran lui-même agrandi en vidéoprojection dans son dos, le jeune ado aux cheveux long jouait à toute sorte de jeux populaires de l’époque : Mortal Kombat ou Street Fighter II, pour ne citer qu’eux.

Le précurseur du gaming diffusé

J. J. Modes était déjà un passionné de jeux vidéo à l’époque. Il lisait tous les magazines, connaissait l’actualité et le calendrier des sorties par cœur, un vrai pro. C’est sa mère, férue de nouvelles technologies, qui le poussa vers un studio de télé à accès public où il apprend les rudiments du tournage et de la technique de diffusion, il a alors dix ans.

À peine sorti de cette petite formation sur le tas, J. J. Modes a le cerveau en ébullition : il veut créer. Il commence par tourner quelques petites émissions avec ses amis : il joue, trashe ses partenaires de jeux. À l’époque les sketchs de Wayne’s World cartonnent au Saturday Night Live (le film dédié sortira en 92), Modes se met alors à rêver de faire sa propre émission dans laquelle il jouerait avec ses amis.

Fin de l’année 1993, Zot the Avenger a son pseudo et commence à enregistrer les deux premiers épisodes de "Video Games and More". Encore aujourd’hui, l’assurance du jeune homme sur ces vieilles images est très perceptible. J. J. Modes s’exprime avec aisance et technicité sur tous les sujets. Il savait parler de jeux vidéo bien avant tout le monde et pour cause il faisait partie intégrante de son cœur d’audience : les ados.

"Ce que je voulais avec 'Video Games and More', c’était de passer à l’antenne et de dire : 'Hé les gars, j’ai fait ce truc qui est vraiment cool, et je pense qu’il y a d’autres personnes qui pourraient l’apprécier et qui ne le savent peut-être pas, et je vais vous en parler.'"

Déjà les prémices de Twitch

Le plus étonnant dans l’émission "Video Games and More" ne tient pas seulement à l’aisance du jeune Zot à l’écran mais aussi et surtout à l’avant-gardisme de l’émission. Presque vingt ans avant Twitch, ce n’était pas Internet et le tchat qui animaient l’audience mais tout simplement… le téléphone.

Zot donnait à ses viewers ce qu’ils demandaient : un enfant au bout de la ligne demande s’il va "montrer le code de Mortal Kombat" et le streamer s’exécute. En quelques manipulations, le fameux cheat est rentré pour activer les effets sanglants censurés sur la version N64. Des adolescents américains appelaient et réagissaient en direct aux faits d’armes vidéoludiques du jeune gamer.

Modes aime âtre qualifié de "streamer originel" car déjà à l’époque, il y avait tout. Il faisait des featurings avec ses potes, il montrait ses meilleurs skills sur les jeux, il rigolait avec l’audience. Parfois même, il y avait des petits trolls pour dire des idioties sur la ligne, comme les pires trublions de Twitch aujourd’hui.

Quelques années plus tard et après 37 épisodes, l’émission prit fin. Modes partit faire des études et après avoir acquis quelques compétences informatiques en plus, il partit dans la musique où il est désormais producteur. Aujourd’hui, il a bien conscience d’avoir eu l’idée, bien avant tout le monde, de ce qui allait devenir un véritable phénomène :

"J’étais tellement conscient de ce que je diffusais là-bas […] Et plus vous donnez de pouvoir à un enfant, vous savez, plus il sera responsable des mœurs. Et le streaming, c’est le pouvoir."


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com

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