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Les caméras dans les vans d’Amazon sanctionneraient injustement les livreurs

Publié le

par Pierre Bazin

Alimentés par une IA, ces dispositifs pénaliseraient les travailleurs lorsqu’ils règlent leur radio ou se font couper la route.

En février dernier, Amazon, leader incontesté des achats en ligne, annonçait qu’il équiperait ses camionnettes de livraison de caméras. De la marque Netradyne, elles sont quatre par véhicule : une frontale, deux latérales ainsi qu’une tournée vers le conducteur. Celle-ci comprend un logiciel, Driveri, intégrant une intelligence artificielle qui permet d’analyser faits et gestes.

Pour le géant du Web et des colis, ce dispositif est avant tout un moyen de renforcer la sécurité des conducteurs-livreurs sur la route. Peu après l’installation de ces caméras dans la moitié de sa flotte de véhicules, Amazon n’a d’ailleurs pas tardé à annoncer avoir observé une réduction notable des accidents.

Néanmoins, alors que l’annonce de ce nouveau dispositif avait déjà fait grand bruit quant à la confidentialité, la surveillance et le respect de la vie privée des travailleurs, ces derniers dénoncent désormais un impact sur leurs conditions de travail et même leur rémunération.

Big Bezos is watching you

Dans un long rapport de Motherboard, des employés d’entreprises de livraisons (travaillant quasi exclusivement pour Amazon) témoignent de l’impact de ces caméras sur leur quotidien. Beaucoup estiment être constamment surveillés, tandis que d’autres déclarent avoir été injustement pénalisés pour des gestes anodins comme regarder dans les rétroviseurs, régler l’autoradio ou même se faire couper la route. Un livreur de Los Angeles déclare ainsi :

"C’est terriblement frustrant. […] Chaque fois que je dois tourner à droite, cela arrive inévitablement : une voiture me coupe la route pour entrer dans ma voie, et la caméra, avec cette voix robotique vraiment dystopique, me crie dessus."

Les caméras avertissent les conducteurs mais, surtout, elles enregistrent ces "événements de conduite dangereuse". Ces derniers sont ensuite repris dans les rapports de performance des chauffeurs-livreurs d’Amazon. "Médiocre", "passable", "bon" ou "fantastique", les événements jugés dangereux repérés par les caméras influent sur la "note" de performance du travailleur.

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Un mauvais rapport sur un livreur peut nuire à ses chances d’obtenir une prime, une augmentation ou même des avantages réservés aux employés comme des prix réduits sur certains produits. Plus largement, cela peut également influencer les revenus de l’entreprise de livraison partenaire d’Amazon. Un directeur d’une de ces sociétés, située à Washington DC, témoigne ainsi à Motherboard :

"Amazon utilise officiellement ces caméras pour s’assurer d’avoir une main-d’œuvre plus en sécurité, mais dans les faits, elles sont utilisées pour ne pas payer les entreprises de livraison."

Ce propriétaire d’entreprise de livraison affirme également n’avoir reçu aucune formation de la part d’Amazon sur ces caméras, contrairement à ce qui avait été promis.

L’argument fort de la sécurité

Dans un communiqué consulté par Insider, Amazon explique avoir drastiquement amélioré la sécurité de ses employés grâce aux caméras Netradyne et aux technologies liées (dont l’IA), qui "fournissent aux conducteurs des alertes en temps réel afin de les aider à rester en sécurité sur la route".

Sortant l’argument des chiffres, le géant annonce avoir constaté de gros changements positifs depuis l’installation de ces caméras embarquées : les accidents ont diminué de 48 %, les infractions aux panneaux stop et aux feux tricolores ont diminué de 77 %, la conduite sans ceinture de sécurité a diminué de 60 % et la distraction au volant a diminué de 75 %.

En revanche, aucune déclaration n’a été faite sur les "scores" de performance dont Amazon demanderait des rapports réguliers aux entreprises de livraison partenaires. Amazon s’est contenté de déclarer à Insider que les rapports étaient examinés manuellement et que des "événements" faussement jugés "dangereux" n’avaient aucune incidence sur les entreprises de livraison ou les conducteurs.

Le rapport de Motherboard affirme également que certains conducteurs colleraient des autocollants pour couvrir les caméras. D’autres choisiraient de porter des lunettes de soleil pour ne pas que les caméras puissent suivre leur regard. Enfin, certains ont tout simplement décidé de démissionner. C’est ce qu’affirme un ancien chauffeur en Alabama, toujours dans les colonnes de Motherboard :

"Les caméras Netradyne qu’Amazon a installées dans nos camionnettes n’ont été qu’un cauchemar […]. Personnellement, je ne me sentais plus en sécurité avec une caméra qui surveillait chacun de mes mouvements."


Pensez-vous que ces systèmes de caméras embarquées pourraient un jour arriver en France ? Écrivez-nous à hellokonbinitechno@konbini.com

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