© PxHere / R-PUR

Les masques anti-pollution servent-ils à quelque chose ?

En ces temps de pics de pollution et de coronavirus, les ventes de masques ont explosé – notre curiosité aussi.

Le mouvement de grève débuté en décembre dernier a ouvert de nouveaux horizons à la population française et en particulier aux francilien·ne·s. En l’absence de nos chères RATP/SNCF, il a fallu changer ses habitudes et notamment se mettre au vélo. Et qui dit vélo dit embouteillages parisiens, qui font exploser la pollution liée aux pots d’échappement.

Une arme de résistance privilégiée : les masques antipollution – d'autant plus avec l’arrivée du coronavirus et de la paranoïa qui en découle. Leurs ventes ont explosé ces dernières semaines. Au sein de cette grande famille de masques protecteurs, on trouve de tout. Du petit masque sanitaire, qui vaut quelques euros, à des modèles plus complexes censés bloquer les particules et dont les prix oscillent entre 20 et 70 euros.

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Aussi, quand nous avons eu l’occasion de tester un masque "connecté" valant presque 140 euros, le Nano Light de R-Pur, avec des filtres interchangeables à 30 euros, nous avons été évidemment très intrigués. Pourquoi est-il aussi cher ? Est-il plus efficace que ses congénères ou paye-t-on le marketing ?

D’un ressenti plutôt agréable…

Sur le papier, le masque Nano Light de la start-up R-Pur est bon élève : il est fabriqué en France, et on nous annonce un bijou d’innovations technologiques. Il prétend pouvoir filtrer entre 99.86% et 99.98% des particules nocives pour le corps.

Pendant plusieurs semaines, j’ai porté le masque en pédalant environ 15 kilomètres par jour. Pour la première fois, j’ai pu slalomer entre les boulevards parisiens et les pistes cyclables [insérer une remarque sur Anne Hidalgo] aux côtés des amicaux pilotes de scooters et autres sympathiques chauffeurs de taxi.

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Le tout m'a permis d’établir des comparatifs, avec ou sans masque. Le premier apport positif visible (enfin, pas vraiment, du coup) est olfactif. On ne sent plus aucune odeur de carburant, même en restant derrière un bus à l’arrêt. Ciao ce délicieux fumet d’hydrocarbures !

En termes de respiration, il faut fournir un effort supplémentaire car la résistance à l’air qu’offre le tissu fait qu’on a besoin d’inspirer "plus fort". Pour le coup je n’ai pas particulièrement fait l’expérience de cette expiration prétendue "60 fois plus efficace" – ressenti basé, selon la marque, sur celui des utilisateurs.

Côté confort, le masque s’adapte parfaitement au visage et sa souplesse est censée garantir une herméticité pour toutes les morphologies. La contrepartie à cette isolation se ressent toutefois en termes de chaleur et d’humidité. Sans particulièrement forcer, beaucoup de sueur et de buée s’accumulent autour de la bouche. Si cela confirme l’herméticité du dispositif, rappelons qu’il s’agit d’un problème commun à tous les masques antipollution.

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Après plusieurs semaines d’essai, difficile de mesurer les effets sur ma santé : j’ignore à quelles quantités de pollution je suis véritablement exposé, et donc en quelles proportions j’en suis véritablement protégé. Et ce même si R-Pur, "masque connecté", propose une appli truffée d’infos sur la pollution. Elle calcule les indices de particules environnants en se basant sur un recoupement de bases de données géolocalisées.

... à la réalité des études menées

C’est une chose de penser qu’un objet nous fait du bien (coucou l’effet placebo), c’en est une autre de le prouver scientifiquement. Au départ, avant d’entamer la rédaction de cet article, nous voulions simplement voir s’il était possible de mesurer, avec l’aide d’un expert, l’efficacité de filtration du masque de R-Pur. C’était un test bien circonscrit.

Pour ce faire, nous avons donc contacté Airparif, association agréée par le ministère de l’Environnement pour la surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France. Quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre qu’Airparif n’encourage pas l’utilisation des masques antipollution. Bien au contraire… L’association s’appuie sur l’avis et le rapport émis par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en mai 2018.

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Ce rapport d’expertise collective intitulé "Évaluation du bénéfice sanitaire attendu de dispositifs respiratoires dits antipollution" s’est penché sur la question de l’efficacité de ces équipements de protection individuelle (EPI) à l’époque où leur commercialisation a explosé dans l’Hexagone. Les masques "antipollution" font partie de la catégorie FFP3 basée sur la norme européenne EN149. Et pour l’Anses ou Airparif, cette norme est largement insuffisante.

Un masque dit "FFP3" doit filtrer en théorie 99,95 % des aérosols et ne permettre que 2 % de fuite. Mais même à ce niveau filtration, les gaz tels que l’oxyde d’azote passent. Aussi, quand le Nano Light de R-Pur prétend "être 10 fois plus efficace que la norme FFP3", il s’agit en réalité du taux de fuite qui est 10 fois inférieur aux 2 % réglementaires.

Les exercices demandés aux sujets pour tester l’herméticité des masques FFP3 sont très éloignés des conditions réelles d’utilisation.

Une des principales critiques de l’Anses vis-à-vis des EPI dits "antipollution" concerne les conditions des tests des études faites par les marques, présentées comme arguments d’efficacité. Tous ces essais "de référence" sont en réalité réalisés en laboratoires, bien loin des conditions réelles d’utilisation – à l’air libre, longtemps, dans l’effort, avec la transpiration, le vent, etc.

Plus que de mettre en doute l’efficacité de ces dispositifs, l’Anses les juge même contre-productifs, particulièrement dans les situations où l’on chevauche son vélo ou durant une course à pied. Nous en parlions plus haut, mais porter un masque, surtout pendant un effort physique (même si vous pédalez "tranquillement"), augmente nécessairement l’effort voire la fréquence de vos inspirations. En conséquence, vous risquez même de vous exposer davantage aux polluants atmosphériques en portant un masque.

La responsable d'Airparif nous a ainsi expliqué que seuls des professionnels, comme les pompiers, disposent de filtres capables de filtrer l’intégralité des particules nocives de l’air, en particulier les gaz.

Aucune solution miracle, si ce n’est la précaution

Armés de ces arguments, nous avons contacté R-Pur, qui était au courant de ce rapport de l’Anses publié un an avant la commercialisation de la gamme Nano Light. Chez eux aussi, tous les tests sont effectués sont en laboratoire. Mais on est bien obligés d’admettre que les technologies de filtration utilisées dépassent largement celles de la concurrence. On notera par exemple la présence de filtre à charbon actif pour contrer les gaz d’hydrocarbures.

Pour y voir plus clair, nous avons envoyé la fiche produit du masque Nano Light à Airparif, désireux de connaître leur avis. De manière générale, notre interlocutrice estime que c’est "encourageant" de voir que les technologies progressent rapidement sur cette question et qu’elles se démocratisent auprès du grand public.

Elle précise toutefois que si le masque est bien capable de filtrer les particules PM0.05 (moins de 50 nanomètres), certaines particules ultrafines nocives, mesurant entre 10 et 20 nanomètres (PM0.01 / 0.02), existent aussi – elles sont notamment émises par les nouveaux moteurs diesel.

De son côté, la start-up nous précise que c’est avant tout le ressenti des utilisateurs qui l'importe :

"Outre tous les tests effectués, c’est le résultat final en situation par nos utilisateurs qui est le plus important pour nous car il valide la technologie dans son usage quotidien. Nous recevons beaucoup de messages de personnes n’ayant plus de problèmes respiratoires depuis qu’ils utilisent notre solution. Cela concerne les désagréments de tous les jours : toux à cause de la pollution, difficulté à respirer, asthme, allergie, etc."

Alors, ce masque R-Pur est-il le Saint-Graal ? Entre critères objectifs et variables subjectives, il est bien difficile de trancher, et le risque zéro n’existe pas. De manière générale, Airparif et l’Anses mettent en gardent contre ce sentiment d’invulnérabilité que pourrait procurer un dispositif antipollution.

Porter un masque aussi abouti que le R-Pur peut donc avoir une certaine efficacité, mais il faut surtout adopter les bons comportements. Airparif conseille par exemple de privilégier au maximum les pistes cyclables et petites rues annexes (et surtout, éviter de se retrouver coincé dans les embouteillages), ce qui permettrait de réduire, d’après eux, de 30 % l’exposition aux particules nocives.

Une efficacité "prouvée" contre le coronavirus et les scooters relous

Quid du coronavirus, qui défraie la chronique ? En pleine actualité et suite à cette paranoïa collective, R-Pur nous ont confirmé qu’ils avaient été confrontés à une augmentation de la demande sur leur gamme de masques – sans pour autant s’en réjouir, évidemment. Quelques précisions sur ce point : en effet, les masques Nano Light sont très largement capables de vous protéger contre ce coronavirus, et contre bien d’autres maladies par ailleurs.

Le "2019-nCoV" a besoin de s’attacher à une particule d’eau pour se déplacer, de taille déjà assez grosse. Or, l'eau est largement arrêtée par la filtration du masque. De manière générale, si vous êtes à tendance hypocondriaque, vous pouvez vous arrêtez aux masques "FFP2" qui suffisent à empêcher les virus de venir à votre rencontre.

La Croix-Rouge a mis en garde contre les masques "chirurgicaux" (antipoussière) de mauvaise qualité. S’ils empêchent de contaminer d’autres gens, ils ne vous protègent pas suffisamment de la contamination. (© Nicolas Asfouri/AFP) 

Enfin, je souhaiterais tout de même citer un dernier argument pro-masque qui n’apparaît dans aucune étude, organisme ou argument de vente d’une entreprise : lorsque vous portez un sombre masque qui couvre la moitié basse de votre visage, vous gagnez un bonus d’intimidation. Peut-être que quelques particules ultrafines passeront encore, mais vous vous ferez moins insulter par les scooters et les taxis.

Par Pierre Bazin, publié le 04/02/2020