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L’étonnante histoire de ce couple qui s’est rencontré sur un neurchi

Publié le

par Julie Morvan

© Maskot / Getty

Une comédie romantique en 3 actes.

Tout commence en août 2020, lorsque Lucile, 19 ans, découvre "Le neurchi où l’on prétend être sur Neurchi en 1891" sur les conseils d’un ami. Elle n’est pas une experte en histoire mais se prend rapidement au jeu. Quelques mois plus tard, en décembre, Thomas, 21 ans, tombe sur ce même groupe privé dans ses recommandations Facebook. Ni une ni deux, il y entre et ne se doute pas une seconde de ce qui va lui arriver.

Lever de rideau.

Acte I : bienvenue dans la France de 1891

Si Lucile est étudiante en école d’ingénieur à Clermont-Ferrand, sur Neurchi en 1891, elle est Lucile Vangelis, épouse pieuse et sans histoire d’Édouard Vangelis, ancien président de la République. Mais elle est aussi Athénaïs de Mont Pestant, son alter ego frivole aux innombrables prétendants. Quant à Thomas, inscrit en licence d’anglais/suédois à l'université Lumière-Lyon 2, lorsqu’il est arrivé sur le groupe, c’était pour s’autoproclamer ambassadeur de France au Royaume-Uni. Une sacrée histoire.

Ce Neurchi de 1891 est à la fois un lieu de partage de mèmes (c’est le principe même du neurchi) et un terrain de jeu incroyable où l’on pratique le roleplay historique à grande échelle, ce qui rend ce groupe totalement unique en son genre.

L’idée est venue d’un frère et d’une sœur, Adam et Hana. Fans de l’époque victorienne outre-Manche, ils trouvaient amusant de créer un neurchi où l’on parlerait comme à la Belle Époque, en France, à coups de "fichtre, j’ai encore perdu ma charrette" et autres fantaisies lexicales. Le projet est lancé en avril 2020. Grâce au bouche-à-oreille et l’investissement d’universitaires historiens, le groupe s’agrandit très vite.

Le roleplay s’est alors développé. "On a organisé des élections pour désigner un modérateur, raconte Hana. Plusieurs candidats ont postulé en faisant des campagnes avec leur idéologie politique, leurs mèmes…" Les élections ont été conclues mais d’autres partis se sont créés et les personnages se sont développés : le neurchi passait à une dimension supérieure.

Tout ce petit monde – plus de 15 000 membres – est donc régi par une Constitution rédigée par les soins d’Hana, étudiante en droit, d’un Parlement neurchi, d’un Secrétariat général… Une chaîne YouTube et un Wikipédia fandom ont même été créés pour recenser les multiples événements qui s’y déroulent. Une initiative qui permet de s’y retrouver dans cette uchronie où l’on refait l’histoire à sa sauce.

"C’est comme un univers parallèle, explique Lucile. Là par exemple on est en guerre civile, un empereur a pris le pouvoir… L’histoire se développe indépendamment de la réalité." Avec des petits clins d’œil à l’actualité tout de même, comme la diffusion de ce mystérieux "Coratvirus-91".

Voilà, le décor est planté. Il est temps de revenir à nos amoureux.

Capture d’écran fournie par Lucile

Acte II : le coup de foudre

La communauté du Neurchi est particulièrement soudée et échange très souvent pour planifier les événements historiques à venir. Ces échanges se font sur des discussions Messenger mais aussi, de façon plus informelle, sur Discord. C’est justement lors d’un petit apéro collectif en visio que les regards de Lucile et Thomas se croisent pour la première fois.

"Je l’avais déjà repéré un peu avant", confie Lucile en riant. Ils se tournent autour dans les commentaires du neurchi, on les taquine gentiment dans les conversations privées… Les deux discutent pendant des heures, slident dans leurs DM Insta respectifs, s’appellent : petit à petit, les sentiments naissent. Dix jours après leur première entrevue par caméras interposées qui a lieu fin février 2021, ils se donnent rendez-vous et Thomas apparaît un bouquet de fleurs à la main. "Depuis, ça fait un mois qu’il squatte chez moi", s’amuse Lucile.

Une relation qui échappe donc aux schémas classiques de rencontre 2.0 : ici, pas d’application de dating. "C’est sûr que c’est plus original de se rencontrer là-dessus que de dire 'j’ai rencontré ta maman sur Tinder'", reconnaît Thomas. Lucile renchérit : "Tinder, c’est sympa pour passer le temps, mais ça a ses limites quand il s’agit de se poser avec quelqu’un."

L’avantage de s’être rencontrés sur le neurchi, c’est que les deux amoureux partent déjà avec un gros point commun. Et puis, être sensible à l’humour si particulier de l’époque victorienne, ça rapproche. Rien à voir avec les "Tfk quoi ds la vie ?" et autres banalités.

Capture d’écran fournie par Lucile

Acte III : l’union

Le jour où nous avons contacté Lucile et Thomas marquait leur premier mois de relation. Au quotidien, le couple reste teinté de l’aura victorienne dans laquelle il est né : par exemple, ils se vouvoient régulièrement. "C’est un truc qui est resté, comme on a commencé à se parler sur le neurchi via nos personnages, on se vouvoyait au début. C’est vrai que ça surprend pas mal de nos amis", confie Lucile. Il leur arrive aussi régulièrement de s’appeler "Madame" et "Monsieur" au lieu des habituels "bibou" ou "mon lapin".

Si leur idylle est née sur le neurchi, aux yeux de tous, ils tiennent néanmoins à dissocier le roleplay de la vie réelle. Leur histoire n’est pas celle des deux personnages qu’ils incarnent en ligne, mais la leur. Ils construisent donc les récits de leurs personnages indépendamment l’un de l’autre : Lucile Vangelis reste mariée et fidèle, et Athénaïs de Mont Pestant fricote avec le gouverneur de Bordeaux. Mais de l’autre côté de l’écran, soyez-en sûr, ils écrivent un peu plus chaque jour l’histoire de leur amour.

Les histoires d’amour en ligne ne se limitent donc pas aux swipes ou autres matches, mais peuvent aussi survenir au moment et à l’endroit où l’on s’y attend le moins : en fondant un parti politique fictif de la fin du XIXe siècle, en faisant le débile sur Chatroulette ou même en arpentant Azeroth sur World of Warcraft.


Si vous aussi vous avez trouvé l’âme sœur au détour d’un clic, vous pouvez nous écrire à : hellokonbinitechno@konbini.com.

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