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Mais où est donc passé Jack Ma, le milliardaire et ancien big boss d'Alibaba ?

Publié le

par Benjamin Bruel

Fresque : Detroit Institute of Arts/Diego Riviera

Le patron du site d'e-commerce chinois, deuxième homme le plus riche du pays, est porté disparu depuis plusieurs semaines.

Depuis le mois d’octobre, le fondateur du géant de l’e-commerce Alibaba, que l’on ne présente plus, semble avoir disparu. Jack Ma, qui a quitté ses fonctions de PDG en 2019, est hors de tous les radars. Il ne donne tout simplement aucun signe de vie.

N’est-ce pas étrange, pour le deuxième homme le plus riche de Chine ? Comment un entrepreneur si influent, connu des médias et de la population, peut-il bien s’évaporer ainsi dans la nature du jour au lendemain ? Récit d’une histoire qui symbolise le nouveau bras de fer entre Pékin et le monde de la tech chinoise.

Le milliardaire fracassé par le Parti communiste chinois ?

Jack Ma, 56 ans et possédant une fortune de près de 50 milliards de dollars, s’est fendu le 24 octobre dernier, à Shanghai, d’un discours on ne peut plus piquant envers Pékin et Xi Jinping. Il y a critiqué la "mentalité de prêteur sur gages" des banques chinoises, appelant à la création d’un "système financier plus sain" dans le pays, tout en prenant le soin d’être terriblement prudent dans ses propos. Il s’est ainsi décrit comme "un homme en quelque sorte à la retraite… partageant la vision d’un non-professionnel à des non-professionnels", selon une traduction du Time.

Si cela peut sembler anodin, le discours a fait grand bruit en Chine : malgré tous les atours de la politesse, Jack Ma s’attaquait directement à Pékin. Et en effet, une semaine plus tard, Xi Jinping a fait lui-même échouer l’introduction en Bourse d'Ant Group, le service financer de Jack Ma – cela devait être la plus importante introduction en Bourse de l’histoire du pays.

En guise de contexte, il faut comprendre qu'Ant Group pèse près de 173 milliards de dollars en Chine, dominant des marchés comme la surveillance, les taxis ou la livraison en ligne. Lors de l’annonce de l’annulation de l’entrée en Bourse d’Ant, le 2 novembre, Jack Ma a d’ailleurs été convoqué par les autorités chinoises.

Une semaine plus tard, au début du mois de décembre, le groupe Alibaba, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de près de 72 milliards de dollars, est devenu l’objet d’une enquête du régulateur du marché chinois pour pratiques anticoncurrentielles. L’organisme étatique a ouvert une enquête pour "suspicion de pratiques monopolistiques", soulignait alors un communiqué, faisant jusqu’à aujourd’hui plonger d’un tiers l’action du groupe.

Enfin, à la fin du mois de novembre, Jack Ma devait participer à Africa’s Business Heroes, une émission qu’il a lui-même créée, dont il est juge et qui récompense les entrepreneurs africains. Et là, à nouveau, il était aux abonnés absents, remplacé in extremis par un cadre d’Alibaba.

Tencent, également dans le collimateur de Pékin

Mais où est donc passé Jack Ma, que l’on n’a ni vu, ni entendu depuis son fameux discours du 24 octobre ? La question reste en suspens. Elle est fascinante, parce qu’elle interroge le pouvoir de Pékin : Jack Ma a-t-il décidé de faire profil bas, ou Xi Jinping a-t-il pris des mesures plus radicales ?

Le milliardaire, connu pour ses prises de position, parfois même sa liberté de parole et son goût des apparitions médiatiques – il avait rencontré Donald Trump sans l’assentiment de Pékin en janvier 2017 – ne semble pas être le seul homme d’affaires dans le viseur de Pékin, comme le raconte en détail Le Monde. Le Parti communiste chinois semble s’être lancé dans une vaste reconquête des pouvoirs du secteur privé, notamment en ce qui concerne les secteurs de la tech et de l’e-commerce.

Tencent, roi du jeu vidéo et challenger numéro 1 d’Alibaba sur l’Internet chinois, est d’ailleurs également visé par l’enquête du régulateur chinois pour pratiques concurrentielles. La Chine semble déterminée à surveiller et contrôler ses géants en ligne et leurs têtes pensantes.


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com

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