Le pôle Nord magnétique bouge n’importe comment

Le pôle Nord magnétique, référence en cartographie et en navigation, se déplace du Canada vers la Sibérie et doit régulièrement être mis à jour.

Le pôle Nord dit "magnétique" a la bougeotte. Depuis 1900, date des premiers relevés connus, le point de référence qu’indiquent les antiques boussoles de navigation se déplace d’environ 55 kilomètres par an. Pourquoi ? Car le champ magnétique de la Terre est défini, en partie, par les mouvements du fer liquide en fusion qui compose la majeure partie du noyau externe de notre planète, à près de 3 000 kilomètres (oui, kilomètres) de profondeur. Un phénomène parfaitement naturel qui pour une fois n’a rien à voir, du moins directement, avec l’ère industrielle humaine. Néanmoins, ce phénomène devient de plus en plus erratique.

Jusqu’à l’an 2000, la position du pôle Nord magnétique était actualisée tous les vingt ans par les experts en géomagnétisme, qui publiaient alors un nouveau modèle magnétique mondial (World Magnetic Model, WMM). Au XXIe siècle, ces mises à jour se sont accélérées, avec une première en 2010, une seconde en 2015, et une troisième prévue en 2020… qui devra finalement être réalisée dès cette année, estiment plusieurs chercheurs dans une étude publiée par Nature le 9 janvier. En effet, le taux d’erreur approche dangereusement de la marge acceptable pour la navigation.

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En accélération constante depuis les années 1990

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Comment ? Pourquoi ? Pour le moment, le comportement erratique du pôle Nord magnétique échappe aux chercheurs. Lors de sa première localisation en 1831 dans l’Arctique canadien, le pôle Nord bougeait relativement peu. Entre les années 1990 et maintenant, il s’est mis à accélérer, de 15 à 55 kilomètres par an ; en 2018, le pôle traversait l’International Date Line pour entrer dans l’hémisphère Est, et se diriger tout droit vers la Sibérie. L’une des raisons invoquées dans l’article de Nature pourrait être une brusque accélération d’une partie du champ magnétique terrestre, appelée impulsion géomagnétique, qui s’était produite en 2016 sous l’Amérique du Sud.

Ne pas comprendre les errements du pôle Nord magnétique pourrait avoir de désastreuses conséquences, et pas seulement pour la navigation fluviale : si les GPS, qui fonctionnent grâce à la triangulation et aux satellites, n’en souffriront pas, des systèmes au sein de l’Otan et du département de la Défense américain pourraient eux en être affectés, car ils utilisent le WMM. Plus proches de nous, les applications de navigation sur smartphone, qui tirent parti du magnétomètre embarqué, pourraient elles aussi en pâtir. Il est donc plus que temps de mettre à jour le pôle Nord magnétique.

Par Thibault Prévost, publié le 16/01/2019

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