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Pourquoi ceux qui n’ont pas de coque de téléphone se foutent du monde

Publié le

par Julie Morvan

Et en plus ils en sont fiers.

Pourquoi ceux qui n’ont pas de coque de téléphone se foutent du monde

© Olga Skred/Getty Images

Entre celles et ceux qui retournent leur téléphone à table, vivent avec un écran pété ou encore trient leurs applications par couleurs, les utilisateur·rice·s de téléphone portable – aka mobinautes – ne cessent de repousser les limites du possible.

Comme on adore les enquêtes sociologiques de haute volée chez Konbini techno, on s’est penché·e·s sur une nouvelle catégorie de personnes. Elles dépassent – encore plus – l’entendement, nous exaspèrent autant qu’elles nous fascinent : on s’attaque aujourd’hui aux "sans coques".

Entendez les "sans coques de protection". Ces inconscient·e·s qui décident de ne pas protéger leurs smartphones. Les anti-silicone. Les rebelles du polycarbonate. Les ennemi·e·s du célèbre polyuréthane thermoplastique, ou TPU. Qui laissent leurs fragiles appareils à nu, vulnérables, susceptibles de se fracasser en mille morceaux à tout moment. Tout ça pour une histoire de style.

Des esthètes maladifs

Quoi de mieux qu’un peu d’empirisme pour commencer cette étude ? Après une rapide enquête de terrain, nous sommes arrivé·e·s au constat suivant : seules quatre personnes vivent sans la moindre protection pour leur iPhone à notre étage. Anarchisme assumé ? Refus des conventions ? Arrogance technologique ?

Simplement du bon sens, selon Méline. Détentrice d’un superbe iPhone couleur or – "évidemment" –, elle explique que recouvrir son smartphone d’une coque serait gâcher son apparence. "Je l’ai choisi pour une couleur bien précise, ce n’est pas pour la cacher." Quid des coques de protection transparentes ? "Ça jaunit", réplique-t-elle. Un fashion sacrilège.

On retrouve très souvent cet argument esthétique chez les pro-Apple. Selon un confrère de Gizmodo, acheter un iPhone n’est pas un geste commercial anodin. En mettant le prix fort, on paie un supplément pour son apparence, son élégance et son allure. "C’est un aspect premium auquel nous avons souscrit, et que nous nous attendons à payer, martèle-t-il. Il n’y a rien de mal à vouloir que son téléphone soit beau quand c’est ce pour quoi on l’a acheté."

GQ avance même que le design d’un téléphone serait le premier facteur d’achat chez les consommateur·rice·s. L’apparence primerait donc sur les fonctionnalités pour ces esthètes de la tech ? Il faut croire que oui. Leur smartphone est un bijou, un objet rare dont il faut exhiber la beauté à tout prix – littéralement. Sous couvert d’altruisme, ils vont jusqu’à avancer que refuser la coque de protection revient à faire honneur au travail des designers de smartphones. Trop aimable de leur part.

Le luxe de la nonchalance

La mauvaise foi ne s’arrête pas là. En plus de prôner une pseudo-quête du "beau", au-delà du vulgaire utilitaire, les "sans-coques" s’improvisent aussi pourfendeur·se·s d’une société formatée. Utiliser son smartphone sans protection reviendrait à se libérer d’une injonction d’ultra-sécurité. Déconstruire la stigmatisation des écrans cassés. Se débarrasser d’une charge mentale inutile. "Si vous vivez dans une peur constante d’abîmer vos appareils, vous allez probablement mener une existence anxieuse et triste", continue d’ailleurs notre confrère de Gizmodo.

Mais comment rester serein·e quand on promène du bout des doigts un objet dont la valeur dépasse facilement le millier d’euros ? À moins d’être plein·e aux as, difficile de se détacher de cette fameuse "peur" de le faire tomber, le cogner ou l’érafler. Sans parler des maladroit·e·s né·e·s, culpabilisé·e·s voire discriminé·e·s par un tel état d’esprit. Afficher une sérénité de façade peut même provoquer l’effet inverse. Comme le confiait une consœur de CNET, qui a fini par libérer définitivement son iPhone 12 Pro Max de son étui : "J’ai sacrifié ma tranquillité d’esprit."

En réalité, cet argument frôlant l’anti-matérialisme, prétextant libérer les mobinautes du joug des conventions sociales, ne fait que participer à une logique capitaliste bien moins glorieuse. Dans le monde de la tech, l’heure n’est plus au show off, au bling-bling. Les plus riches communiquent de façon bien plus subtile sur leur statut social. Et puisque tout le monde a un smartphone, il faut maintenant se démarquer dans l’attention qu’on lui accorde.

"Être négligeant avec son smartphone et refuser la coque de protection est l’indicateur ultime des ressources que l’on a", résume très bien The Vox. On "s’autorise" un smartphone sans coque, parce qu’on en a les moyens de le remplacer si besoin – et que l’on tient à le faire savoir. La nonchalance n’est alors qu’un privilège de classe réservé aux plus riches. Parlons alors d’inconscience, plutôt que d’insouciance.

Cette inconscience est aussi écologique : devoir potentiellement racheter un nouvel appareil tout neuf (c’est grave) ou remplacer l’écran de son smartphone quatre fois par an (moins grave) ne semble poser à ces personnes aucun souci de nature écologique.

La team des étourdis

Tous les "sans-coques" ne passent pas par ce cheminement de pensée. Il existe aussi tout un tas de gens qui oublient purement et simplement d’acheter une protection une fois leur nouveau smartphone entre les mains. Parce que celle-ci n’est pas livrée avec. Ou que leur modèle est jugé obsolète par les enseignes. Et puis, le temps passant, ils procrastinent et s’habituent. Jusqu’à ce que l’inimaginable se produise.

C’est le cas de Clément, qui nous avoue ne pas avoir de coque mais s’être résolu à s’en acheter une bientôt. "Tout le monde me dit de m’acheter une protection, confie-t-il. Ma copine me le rappelle. Mes collègues me le rappellent. Et là, j’avoue que je regrette un peu", conclut-il en nous montrant une éraflure sur l’écran de son smartphone. C’est décidé : après avoir répondu à notre enquête, il va commander une coque.

Alors, certes, les protections de téléphone sont parfois ultra-encombrantes. Étouffent le micro, et donc les conversations. Altèrent les signaux et la sensibilité des boutons latéraux. C’est chiant et moche. Mais il est tout à fait possible d’allier sécurité et confort, pour optimiser ce que nos confrères de Futura appellent si joliment la "mise en poche".

Une protection, une infinité de coques

Toujours selon Futura, il suffirait de 20 à 40 euros pour une protection de bonne qualité. Bien sûr, pas besoin d’opter pour une coque de la taille d’une brique, étanche et dotée d’un chargeur à induction. On peut en trouver des bien plus pratiques, à différents degrés de résistance. N’en déplaise aux sans "sans-coques", ce ne sont pas les solutions qui manquent.

Le premier, c’est le niveau zéro, qui ne protège vraiment rien : les coques à rabat, ou portefeuille. Certes, on peut y ranger toutes ses affaires de valeur : smartphone, carte bancaire, Navigo, etc. Mais on risque aussi de tout se faire voler d’un coup. Et puis, soyons honnêtes deux secondes : ce n’est pas un petit rabat tout fin qui protégera l’appareil d’une chute.

Ensuite, il y a les bumpers. Sacrément résistants, conçus en gel semi-rigide, ils ont l’avantage de ne recouvrir que les bords de l’appareil, laissant libres son dos et son écran. Une aubaine pour nos esthètes qui ne jurent que par le design de leurs smartphones.

Enfin, on a les coques en silicone ou en TPU, qui recouvrent tout le téléphone et amortissent les chocs. Selon Sosav, le meilleur combo protection consiste à allier une coque TPU transparente à une protection d’écran en verre trempé. Ils ont raison, avec mon cher collègue Pierre, il nous arrive régulièrement de nous amuser à balancer allègrement nos smartphones à l’autre bout de l’open space pour épater nos camarades.

Car, si les sans-coques prétendent faire l’éloge du beau en bon·ne·s esthètes militant·e·s, ce sont en réalité de simples Jean Des Esseintes du XXIe siècle. De tristes personnages huysmansiens qui raisonnent à rebours du bon sens et sombrent peu à peu dans une contemplation décadente. En se foutant clairement du monde.


Vous n’avez pas de coques de protection et vous n’êtes pas d’accord avec nous ? Expliquez-nous tout à : hellokonbinitechno@konbini.com.

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