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Pourquoi les gens qui aiment les "voices" ont tout compris

Publié le

par Pierre Schneidermann

© MixMedia / Getty

Éloge du voice, en 10 arguments.

En 2021, énormément de gens n’écoutent plus leur messagerie. Il n’est pas rare de tomber sur un message d’accueil, de type : "Bonjour, je ne consulte jamais ma messagerie, merci de m’envoyer un SMS ou de me rappeler." En vrai, ces gens-là, on les comprend.

Appeler sa messagerie, à l’époque du tout instantané, c’est long et chiant : composer le 1 en restant appuyé sur le clavier, supporter le message de bienvenue de la dame-robot, puis se taper une farandole de messages anciens jamais écoutés, les effacer un par un, avant d’arriver au plus récent qu’on efface souvent sans faire exprès.

Si bien que la messagerie vocale, à cause de la perte de temps et de la peur de l’inconnu, réveille une pulsion morbide qui existe en chacun de nous : la procrastination. Pire, cette procrastination est doublée d’un cercle vicieux : plus on laisse passer les nouveaux messages sans les écouter, moins on aura envie d’appeler sa messagerie et plus dure sera la chute.

À cause de la vétusté de la messagerie, on aurait pu croire que les messages vocaux disparaîtraient, au profit des coups de fil et des messages texte. Il n’en est rien. Avec l’arrivée de WhatsApp et Messenger, le "voice" a sauvé cette belle tradition de l’oralité.

Faire un voice, qu’il soit court ou long, présente mille avantages pour le destinataire, ce qui rend ce moyen de communication bien plus humain que les messages vocaux traditionnels :

  • Un voice, on sait nécessairement qui l’a envoyé.
  • La durée du message est affichée, on sait dans quoi on s’engouffre.
  • Le cercle vicieux de la procrastination n’existe plus : on n’est pas obligé de se taper tous les messages d’avant pour l’écouter.
  • On peut naviguer dans un voice à sa guise, avec en plus, des boutons play et pause.
  • Si un voice appelle une réponse, on peut facilement répliquer par un autre voice, sans avoir besoin d’écrire un long texto ou d’appeler le correspondant. S’ensuit une correspondance par voices interposés, et c’est souvent drôle.

Là où le voice est très fort, c’est qu’il présente aussi des avantages considérables pour l’émetteur :

  • Pas de durée limitée (du moins sur WhatsApp) : un voice peut durer une demi-heure sans problème – il y en a qui font ça très bien.
  • Avec le voice, pas de prise au dépourvu : on n’essaie pas d’appeler un interlocuteur avant de tomber sur sa messagerie, on sait directement qu’on va lui laisser un message.
  • Corollaire : on est bien meilleur sur un voice que sur un message vocal, car le voice émane d’une pure volonté. Pour cette raison, on est souvent beaucoup plus drôle et pertinent en voice. Si bien qu’un voice, c’est parfois une performance artistique où certains peuvent se révéler. Pour un peu, ils pourraient presque monter leur podcast.
  • On peut délivrer un même voice à plusieurs personnes au sein d’une même discussion, avantage considérable pour ne pas avoir à répliquer l’information.
  • Enfin, si on n’est pas content de son voice, il est plus facile de l’annuler qu’un message vocal.

Le voice est donc un croisement magnifique entre le message texte et l’appel vocal : il permet de parler sans être obligé d’entamer une conversation orale et de glisser la quantité d’informations que l’on veut, sans contrainte. Laisser un voice à quelqu’un, ce n’est pas l’emprisonner. Ceux qui aiment faire des voices ont tout compris : c’est, selon moi, le plus beau moyen de communication contemporain.

Or, le voice n’est pas encore universellement répandu. Ce sont surtout les jeunes qui l’utilisent. Les plus de cinquante ans préfèrent encore les messages vocaux ou les messages texte avec plein d’émojis mal choisis. Ce n’est pas grave et on ne leur en veut pas. Nous sommes tous prisonniers de nos habitudes technologiques.


Un témoignage sur les voices ? Écrivez-nous à hellokonbinitechno@konbini.com.

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