Produire en masse des organes artificiels : c'est l'idée (folle) du créateur du Segway

Avec un investissement initial de 300 millions de dollars, il souhaite pousser le secteur vers une nouvelle étape.

Dean Kamen n’est pas n’importe qui. Il y a vingt ans, cet inventeur âgé d’aujourd’hui 69 ans, a créé un véhicule à deux roues bien identifié dans le monde entier : le Segway. Ce qui l’a rendu riche, célèbre et un peu trop visionnaire : il pensait que son invention remplacerait la voiture. L’histoire lui a donné tort.

Peu importe. En 2009, une fois son concept du Segway revendu à James Heselden – malheureusement décédé aux commandes de l’un des véhicules –, l’inventeur américain se focalise sur la recherche dans le domaine médical et sanitaire. Aujourd’hui encore, Dean Kamen dépose brevet sur brevet, à la poursuite de nouvelles révolutions technologiques, qui l’obsèdent toujours autant.

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Épaulé par les 800 chercheurs de sa société, la DEKA Research & Development, il a développé ces dernières années différents modèles de stents et de pompes médicales, des prothèses robotiques pour les soldats amputés au front, des machines de dialyse à domicile (pour éviter aux patients de se rendre en clinique), et même le Slingshot, une machine qui purifie l’eau dans les pays en voie de développement.

Mais dans le milieu de la médecine du futur, un domaine en particulier suscite toute l’attention des ingénieurs, des inventeurs – dont Dean Kamen : la production d’organes artificiels. L’histoire nous est racontée par OneZero.

Dans le monde entier, des chercheurs planchent sur la question depuis une quinzaine d’années. Mais les avancées de ce que l’on appelle la médecine régénérative progressent à pas de souris. Le créateur du Segway entend donner un coup de pied dans la fourmilière et ambitionne de passer rapidement à l’échelle industrielle. 

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Pour faire face aux pénuries régulières, Dean Kamen recherche de nouveaux moyens d’aider efficacement la médecine : "Il doit bien y avoir un moyen de fabriquer [des tissus vivants] de haute qualité, en grande quantité et à un coût accessible à la population américaine, dont les besoins sont urgents lorsqu’un organe les lâche…", expliquait-il récemment à OneZero. 

De nouveaux cœurs, poumons, os et ligaments…

Manufacturer des organes pour le grand public : en voilà un objectif d’ampleur. L’entreprise de Kamen remporte en 2016 un appel d’offres de 80 millions de dollars (71 millions d’euros) lancé par le ministère de la Défense des États-Unis.

Grâce à cette subvention, il lance l’Advanced Regenerative Manufacturing Institute (ARMI), un organisme à but non lucratif permettant de relier 170 structures du milieu médical, pour mettre en commun leurs ressources et leurs recherches, et ainsi créer un système de création d’organes et de tissus à la demande.

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Quatre ans après le début des recherches, BioFabUSA – une branche de l’ARMI – a été mandaté pour la construction des futurs laboratoires où seront fabriqués les organes. À ce jour, des travaux concluants ont été menés sur les ligaments croisés, qui ont "poussé" en 45 jours. Une première étape avant de passer aux os, ou aux muscles.

Elle bénéficie actuellement de plus de 300 millions de dollars (267 millions d’euros) de financement pour mener à bien ce programme. Dean Kamen estime pouvoir sortir de son laboratoire des organes (ou des bouts d’organe) d’ici les dix prochaines années.

Bien que la mise en vente d’organes artificiels n’ait pas encore été approuvée par la FDA – Food and Drug Administration –, il faudra de toute manière attendre encore plusieurs années pour que le projet se concrétise. La technologie d’impression d’organes n’en étant qu’à ses balbutiements, nous sommes encore loin d’en faire des chaînes de production semblables à celle de l’industrie automobile ou du médicament.

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Que l’équipe parvienne à ses fins (ou pas), des problématiques éthiques et législatives jalonneront leur route car on s’en doute, créer des organes artificiels va bouleverser notre conception du vivant.

Seule certitude : pour la première fois, sous l’égide de Dean Kamen, des acteurs de l’industrie 3D et des biotechs entendent travailler main dans la main pour faire évoluer la médecine au plus vite.

Par Battiste Delfino, publié le 22/06/2020