Capture écran / Jing-cai Liu

Non, les manifestants de Hong Kong n'utilisent pas ce vidéoprojecteur

La problématique de la reconnaissance faciale est au cœur des manifestations.

Ce week-end, de nouvelles échauffourées à Hong Kong ont, encore une fois, poussé les manifestants à trouver des moyens de déjouer les systèmes de reconnaissance faciale des autorités. Une vidéo, qui circule énormément sur le Web depuis dimanche, montre une femme avec un vidéoprojecteur portable tourné vers son visage pour tromper les caméras de surveillance. Sauf que ces images n’ont pas été tournées à Hong Kong.

Rappel des faits. Depuis juin, le feuilleton de la violente opposition entre manifestants et forces de l’ordre se poursuit à Hong Kong. Le vendredi 4 octobre, Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de la cité-État, a annoncé une nouvelle mesure : l’interdiction des masques et du maquillage cachant le visage durant les manifestations.

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Cette nouvelle loi, qui fonde sa légitimité sur des dispositifs d’urgence datant de 1922, interdit "toute forme de dissimulation faciale qui permettrait d’empêcher les identifications" durant les manifestations, a expliqué Carrie Lam durant une conférence de presse.

Quiconque se faisant arrêter avec un masque ou un maquillage cachant son visage pourra ainsi être écroué durant un an et être obligé de payer une amende d’environ 3 400 euros. Le but : pouvoir identifier les manifestants à l’aide de systèmes de reconnaissance faciale grâce aux caméras de surveillance disséminées dans la ville.

La réponse des manifestants ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, la population a défié le gouvernement en organisant des rassemblements spontanés à travers la ville où de nombreuses personnes portaient des masques. Le Guardian raconte ainsi que des "milliers" de personnes sont descendues dans les rues en scandant "Porter un masque n’est pas un crime !".

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Reuters explique également que les manifestants ont utilisé des lasers, les pointant notamment en direction des garnisons militaires où des soldats placés en hauteur filmaient les rassemblements. Une technique qui avait déjà été utilisée par le passé pour brouiller les tentatives d’identification des forces de l’ordre.

La police hongkongaise n’hésite pas à utiliser le vaste réseau de caméras de la ville – dont le nombre réel est inconnu –, couplé à des algorithmes de reconnaissance faciale et à l’IA pour recenser les cortèges. Côté manifestants, on désactive Face ID et Touch ID avant le début des manifestations pour éviter d’être physiquement forcé à révéler ses informations. En somme, c’est une véritable guerre technologique qui est en cours, comme nous l’expliquions dans un précédent article.

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Voici d’où vient ce vidéoprojecteur portable

Dans le week-end, la vidéo d’une femme asiatique utilisant un vidéoprojecteur portable pour brouiller les technologies de reconnaissance faciale a fait le tour du Web.

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Dans cette vidéo postée au départ sur Reddit, on voit cette personne s’exprimer devant une caméra avec un objet vissé sur sa tête projetant sur son visage un ensemble de lumières et d’images. La vidéo a été "upvotée" plusieurs dizaines de milliers de fois sur le site américain et a également rencontré un certain succès sur Twitter.

Cependant, cet objet n’a pas été utilisé à Hong Kong. Il a été créé par l’artiste Jing-Cai Liu en 2017 et n’est pas commercialisé, comme on peut le lire sur le site de l’artiste. C’est un objet artistique qui a, néanmoins, bel et bien été imaginé dans le but de tromper les IA de reconnaissance faciale. Peut-être le verra-t-on un jour à Hong Kong ou, qui sait, en France ?

Par Benjamin Bruel, publié le 07/10/2019

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