(c) wera Rodsawang / Getty – Montage Konbini

Rencontre avec deux héros : les créateurs du petit bac en ligne

Ils sont Tchèques, trouvent leurs idées en buvant des bières dans les pubs et rendent le confinement moins ennuyant.

Vous y avez sûrement déjà joué. En vrai, version papier, quand vous étiez plus jeune, pendant vos années collège et lycée. Le jeu s’appelait le petit bac et c’était bien marrant.

Plus tard, vous l’avez peut-être redécouvert, avec vos collègues ou vos potes, sur Internet – à plus forte raison, depuis le confinement. Car petitbacenligne.com est un jeu en ligne d’une simplicité extraordinaire : on se connecte à plusieurs en quelques clics, avec des amis, des parents, des grands-parents. En deux-deux, on lance ce jeu de lettres, mille fois plus abordable que le Scrabble et idéal pendant les visio-apéros.

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Preuve que le confinement a joué son rôle : le trafic sur le site a été multiplié par dix. Timing idéal pour aller poser quelques questions aux créateurs du jeu en ligne, qui mériteraient presque, en ces temps difficiles, la Légion d’honneur.

Konbini techno : qui êtes-vous ?

petitbacenligne.com : nous sommes deux Tchèques, Honza et Vaclav, condisciples et férus de jeux. On a eu l’idée de créer la plateforme, après avoir bu beaucoup de bières dans un pub.

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Magnifique. C’était quand ?

En 2016, quand nous étions encore à la fac. En fait, Honza avait commencé tout seul et Vaclav donnait des coups de main de temps en temps. Il n’a vraiment rejoint l’aventure qu’en 2017, après la popularisation du jeu par des youtubeurs allemands, entraînant du trafic sur le site. Vaclav était meilleur en développement et bases de données, ce qui a permis de faire un produit plus stable.

Et depuis, le site – un peu roots – n’a pas changé ?

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Le site a été codé en Java et on est sur la même version depuis que Vaclav est arrivé. Mais là, avec l’explosion du trafic lié au coronavirus, on va devoir faire des petits aménagements, parce qu’il y a quelques bugs. Heureusement, avec la quarantaine, on va avoir du temps. Ce qui n’était pas forcément le cas avant, car le petit bac a toujours été un hobby réservé à notre temps libre.

A gauche, Honda. A droite, Vaclav

Vous avez beaucoup d’utilisateurs et quelques autres chiffres à communiquer ?

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Plus d’un million d’inscrits dans le monde [ndlr : le site existe en 15 langues]. Si on compte aussi les utilisateurs non-inscrits, 5 millions de parties ont été réalisées et 450 millions de mots ont été écrits. La semaine dernière, les Français représentaient 20 % de notre audience, vous êtes les premiers ! Sur toute l’année dernière, vous êtes au coude-à-coude avec les Allemands et les Espagnols.

Comment avez-vous traduit le site dans toutes ces langues ?

Honza est quelqu’un de très sociable. Il a plein d’amis partout dans le monde et sur les réseaux sociaux. Ce sont eux qui se sont occupés des traductions. Aujourd’hui, quand on doit faire des ajouts, on utilise Google Translate, ce qui a causé quelques boulettes de traduction. Notamment en allemand – ça a beaucoup plu aux youtubeurs.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

On est en train de finaliser une nouvelle expérience utilisateur (UI) importée de nos autres projets. Le site sera plus joli et plus rapide, la partie utilisateur ne sera plus en Java, mais en JavaScript. Il faudra le faire rapidement, à cause du trafic. Par chance, les pubs sont fermés en République tchèque, ça fera moins de distraction.

Pour les ajouts de fonctionnalités, on hésite encore. Peut-être pimper les tournois ; faire une appli (les gens ont-ils envie de taper des mots rapidement sur leur smartphone ? Pas sûr…) ; améliorer les règles pour les États-Unis, car il paraît qu’ils ont des variantes que nous n’avons pas…

En revanche, on a un truc beaucoup plus concret : on voudrait vendre des versions papier sur Amazon, mais l’aspect bureaucratique et chronophage nous fait un peu peur…

Est-ce que vous gagnez de l’argent avec ce site ?

Oui, avec la pub. Mais ça reste un hobby, ce n’est pas notre métier.

Une anecdote marrante pour la fin ?

Rien d’extraordinaire. Peut-être une seule. L’année dernière, un lundi soir, au pub (toutes nos idées nous tombent généralement dessus le lundi), nous avons décrété que nous allions faire une semaine de "digital nomad", pour arrêter de bosser dans les pubs tchèques. On a pris des billets pour le Portugal et finalement, on n’a pas bossé de la semaine. Voilà. Malgré cet échec, on aurait bien réitéré en Sicile, mais avec la quarantaine, ça n’est plus possible.

Interview réalisée par e-mail, en anglais et éditée pour la clarté de lecture.

Par Pierre Schneidermann, publié le 26/03/2020