Ricky Adams (c) Youtube

Sur YouTube, les amateurs de sex dolls ont leurs chaînes d’unboxing

Les poupées sexuelles ont désormais des chaînes YouTube spécialisées qui prodiguent avis et conseils pratiques.

La musique est la même que pour les youtubeuses beauté. Au premier plan, Ricky Adams, de la chaîne "The SexDoll Channel", un peu plus de 5 000 abonnés et des milliers de vues, donne des conseils et des avis sur différentes marques de sex dolls.

Les sex dolls, ce sont des poupées en silicone au corps de femme (parfois aux proportions assez inhumaines) utilisées dans un but sexuel, voire amoureux : on ne compte plus les histoires d’hommes mariés à leur(s) poupée(s).

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Sur YouTube, plus d’une dizaine de chaînes, principalement américaines, s’intéressent à ces poupées sexuelles. Elles restent néanmoins très confidentielles et réservées aux initiés.

Ricky Adams, le créateur de la chaîne "The SexDoll Channel", vend lui-même des poupées à San Antonio, aux États-Unis. Il explique avoir créé sa chaîne pour devenir son propre sponsor : "En créant ma propre chaîne et en parlant des sex dolls les plus populaires, j’ai eu l’idée que peut-être les gens tomberaient sur ma chaîne et achèteraient mes produits".

Depuis fin 2019, Ricky a même quitté son travail pour s’y consacrer à plein temps.

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La chaîne où l’on aborde même le coronavirus…

Parmi le type de vidéos qu’il produit sur sa chaîne, Ricky Adams jongle entre séances d’unboxing, longues discussions sur les différentes nouveautés du marché, et conseils pratiques à destination des utilisateurs.

"Pensez à toutes les questions récurrentes des gens quand ils font l’acquisition d’une sex doll pour la première fois", indique Ricky. Comment la faire entrer dans une soute d’avion ? Peut-on dormir avec ? Peut-on utiliser des préservatifs ou des vibros avec sa poupée ? Autant de questions auxquelles répond "The SexDoll Channel".

Dans ses "reviews", Ricky Adams analyse chaque poupée avec précision : sa flexibilité, sa manucure, sa taille… On se croirait presque dans une vidéo beauté, vaseline et vaginette en supplément. Taille, poids, taille des seins et parfois du vagin : Ricky déballe chaque poupée comme un archéologue face à une relique maya.

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Récemment, il a même abordé la question du coronavirus sur sa chaîne, face à des internautes inquiets que leur poupée "made in China" soit infectée.

Chaque vidéo est pensée avec soin pour ne pas fâcher les algorithmes : YouTube a supprimé sa chaîne en octobre 2019 pour "nudité", lui faisant perdre la moitié de ses vues et de ses abonnés.

"Parmi mes 5 400 abonnés, je dirais que la majorité d’entre eux sont juste curieux sur le sujet, et le reste sont des fans inconditionnels de sex dolls. Le genre de mecs qui ne loupent aucune vidéo et m’achètent des produits", détaille le youtubeur.

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Les masculinistes sont fans

Pour Ricky Adams, les sex dolls sont avant tout un business : sa chaîne YouTube est associée à son site, The Doll House San Antonio, sur lequel il vend sex dolls et accessoires, allant des perruques aux lubrifiants. Il répond aux questions des acheteurs et alimente le forum associé, le Doll Forum.

Mais la toute nouvelle activité médiatique de Ricky n’a pas que des avantages : il nous confie que cela a grandement affecté sa vie amoureuse. "La moitié des filles auxquelles je parle sont effrayées à l’idée de sortir avec un homme qui travaille avec ces poupées […] Je pense que cette part de l’industrie du sexe va continuer à grandir et s’épanouir", pronostique-t-il.

Mais Ricky n’est pas le seul sur le marché des poupées sexuelles : d’autres chaînes YouTube, comme celle de "SexDollNation", un peu plus de 1 000 abonnés, allient business et conseils pratiques. La tech est plus prégnante, avec des applis d’intelligence artificielle pour les poupées, des systèmes de chauffage et de vibration, et même l’arrivée imminente des robots sexuels.

Les deux chaînes ont pourtant des communautés bien différentes : sur la deuxième, on retrouve de nombreux commentaires antiféministes et d’images de "Pepe The Frog", symbole de l’alt-right américaine.

Quand Ricky Adams était à la recherche de sponsors, les seules chaînes YouTube qui ont accepté de le soutenir portaient sur les "droits des hommes", des groupes masculinistes souvent issus de l’extrême droite américaine. "Je voulais montrer aux gens le potentiel d’une sex doll pour lutter contre la solitude ou juste combler des besoins sexuels", détaille-t-il. "Les gars qui utilisent ces poupées ne sont pas aussi bizarres qu’on peut l’imaginer !"

Par Pauline Ferrari, publié le 21/02/2020