(c) Ekkasit919/Getty

Ce documentaire édifiant d'Arte dénonce la surveillance de masse qui arrive à grands pas

En Chine, aux États-Unis ou en France, notre paranoïa nous a fait troquer nos libertés contre un semblant de sécurité.

En 2020, la référence à Big Brother est déjà largement dépassée. On préfère désormais l’analogie quasi-systématique à la série britannique Black Mirror. Et encore… On dirait que la réalité a rattrapé la fiction plus rapidement que prévu. C’est du moins ce que le documentaire Tous surveillés : 7 milliards de suspects tente de démontrer.

Diffusé sur Arte ce mardi 21 avril à 20 h 50, en partenariat avec Konbini Techno et Télérama, ce documentaire réalisé par Sylvain Louvet pose un regard exhaustif sur cet épineux problème qu’est la surveillance globalisée.

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Pendant une heure et demie, le film nous emmène aux quatre coins du monde, en commençant par la France, et en particulier Nice. Cette ville, qui était déjà championne nationale de la vidéosurveillance, a enfoncé le clou depuis l’attentat au camion du 14 juillet 2016.

Cet événement et bien d’autres (à l’instar de l’USA Patriot Act promulgué quelques semaines après le 11 septembre par George W. Bush), ont attisé les colères et déclenché leur lot de paranoïa, moteur de ce changement profond et mondial. Dès lors se pose une question cruciale : au nom de notre sécurité, sommes-nous prêts à laisser les systèmes de reconnaissance faciale carburant à l’intelligence artificielle nous scanner le visage et nous identifier en permanence dans l’espace public ?

Impossible de ne pas réfléchir aux conséquences : que deviendraient ces outils une fois associés au big data ? En France, des initiatives gouvernementales telles que les Titres électroniques sécurisés (TES), lancés en 2016 et qui rassemblent visage, couleur des yeux, empreintes digitales et informations dans un même fichier informatique, soulèvent déjà des inquiétudes.

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Aux États-Unis, des logiciels de reconnaissance faciale par intelligence artificielle sont utilisés par la police malgré un taux d’erreur non négligeable. Ce dernier est encore plus élevé lorsqu’il s’agit de personnes de couleur. (© Arte)

Qu’il s’agisse de Donald Trump outre-Atlantique ou encore du maire de Nice Christian Estrosi, certains politiques ont d’ores et déjà décidé de prendre le virage. De l’autre côté, des entreprises privées répondent à l’appel pour épauler ces initiatives sécuritaires.

Beaucoup de noms ressortent, de l’entreprise française Thales à la start-up israélienne AnyVision en passant par le géant Amazon. Eylon Etshtein, PDG d'AnyVision, argue : "Qu’est-ce que vous préférez ? Être en sécurité ou éviter que votre visage soit scanné par une intelligence artificielle ? Moi je choisis d’être en sécurité."

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Le documentaire nous plonge dans les petits papiers des accords commerciaux avant de zoomer sur le pays vers lequel se dirigent nos regards inquiets : la Chine de Xi Jinping, lieu d’avènement du "totalitarisme numérique". Dans l’empire du Milieu, la surveillance a déjà envahi le quotidien de dizaines de millions de personnes, dans le mutisme général d’une population "éduquée" au contrôle.

C’est là que le documentaire réalise de véritables tours de force, en interviewant l’un des créateurs officiels du crédit social (le fameux système de notation généralisée) ou en recueillant des témoignages effroyables d’Ouïghours, victimes directes de cette surveillance 2.0.

À l’heure où notre gouvernement réfléchit à la mise en place d’une application de tracking pour identifier les chaînes de contamination liées à la propagation du Covid-19, Tous surveillés : 7 milliards de suspects est à voir et à montrer au plus grand nombre.

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Le documentaire sera diffusé sur Arte le mardi 21 avril. Il est d’ores et déjà disponible en ligne ici.

Par Pierre Bazin, publié le 20/04/2020