Comment les radars permettent de folles découvertes en archéologie

Le LiDAR et le GDR, deux technologies qui permettent de traquer les secrets de la Rome antique et des sites maya.

Coup sur coup, d’un bout à l’autre du monde, le mariage de la science et de la technologie vient de permettre des découvertes archéologiques captivantes. Au Mexique, c’est l’un des plus vastes monuments pré-hispaniques de l’Amérique centrale qui a été découvert : un complexe cérémoniel de la civilisation maya, tandis que du côté de l’Europe, c’est en Italie qu’une antique cité romaine a pu être cartographiée avec une précision inouïe.

Les deux découvertes ont été réalisées à l’aide de radars bien différents l’un de l’autre, le LiDAR et le GDR. Différents, mais tout aussi fascinants : revenons sur ces deux folles découvertes archéologiques et les techniques qui ont été utilisées.

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La pyramide maya sous les arbres

C’est une plateforme gargantuesque de 1 400 mètres de long sur 400 mètres de large, surmontée de nombreuses structures et même d’une pyramide, qui se cachait sur le site d’Aguada Fénix. Situé à plus de 1 300 kilomètres de Mexico, dans l’État mexicain du Tabasco, le site d’Aguada Fénix serait la plus ancienne structure artificielle maya observée, selon une étude parue dans la revue scientifique Nature au début du mois de juin.

Comment le site a-t-il été découvert ? Grâce à la technologie LiDAR (Light Detection and Ranging), désormais bien connue des archéologues, qui permet de réaliser de véritables relevés du sol. Utilisée d’abord dans un but militaire, on la trouve aussi sur les voitures autonomes – et dans les fouilles archéologiques. Elle "a bouleversé l’étude du monde maya", note Sciences & Avenir.

L’utilisation du LiDAR pour ce type d’applications se fait depuis les airs. Des pulsations lasers sont envoyées vers le sol de la zone à cartographier. Le temps pris par ces brèves impulsions pour revenir vers l’instrument est enregistré, puis converti en tracé de la zone. Des machines permettent ensuite d’utiliser ces données pour tracer une carte en 3D du site archéologique. Cette télédétection révolutionne l’archéologie depuis quelques années, ouvrant le champ de possibles découvertes.

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Vue du haut de l’ère géographique où le site d’Aguada Fénix a été découvert. (© Takeshi Inomata)

Comme souvent, sur le site d’Aguada Fénix, la découverte était indétectable depuis le sol – la dense végétation encourageant également l’opacité des lieux. "C’est assez difficile à expliquer, mais lorsque vous vous promenez sur le site, vous ne réalisez pas tout à fait l’énormité de la structure", explique l’archéologue Takeshi Inomata de l’université de l’Arizona, auteur principal de l’article, à National Geographic. "Il mesure plus de 9 mètres de haut, mais les dimensions horizontales sont si grandes que vous ne réalisez pas à quel point il était grand."

Du reste, la structure phénoménale laisse encore de nombreuses questions en suspens et peu de vestiges archéologiques. Pour le moment, aucune grande sculpture n’a été trouvée par les fouilles archéologiques, seulement de petites statuettes. Il s’agirait d’un ancien site cérémoniel, construit grâce à des millions de mètres cubes de terre cuite et d’argile.

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Statuette retrouvée sur le site. (© Takeshi Inomata)

Près de Rome, la précision du GDR pour exhumer Falerii Novi

Passons de l’autre côté de l’Atlantique. Cette fois, c’est à une cinquantaine de kilomètres de Rome, dans le Latium, que des scientifiques de l’université de Cambridge et de Gand ont utilisé un radar à pénétration du sol (GPR), tracté au sol par une remorque accrochée à un quad (!!) pour découvrir les mystères de Falerii Novi.

Cette cité, dont l’occupation romaine débute en 241 avant J.-C. et s’arrête en 700 de notre ère, durant le haut Moyen-Âge, était connue des archéologues.

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Toutefois, le GDR a fait la différence en matière de précision et a permis de dresser une carte précise des lieux, pour la première fois. "C’est la première fois que cette technologie est utilisée pour cartographier une ville entière", a déclaré à l’AFP Martin Millett de l’université de Cambridge, l’un des auteurs de l’étude publiée le 9 juin dans la revue Antiquity.

Le GDR, tracté par une remorque sur un quad. (© Frank Vermeulen, université de Cambridge)

Contrairement au LiDAR, l’utilisation du GDR se fait depuis le sol – ce qui a pu contraindre son utilisation par le passé, puisque les sites archéologiques ont souvent été recouverts par des constructions modernes. Ici, ce sont les profondeurs d’un espace de 30,5 hectares qui ont pu être sondées.

Les détails révélés sont remarquables : un temple, un marché, des bains et l’architecture ont été couverts, ainsi que des conduits d’eau reliant des points de la ville à un aqueduc.

Ces conduits passaient le long des rues, mais aussi sous les pâtés de maison. "Le plan de Falerii Novi s’avère bien moins standardisé que celui de nombreuses autres villes romaines, comme Pompéi", rapporte par ailleurs un communiqué de l’université de Cambridge.

Par Benjamin Bruel, publié le 18/06/2020