© Image récupérée et floutée par la BBC.

Cyberboulette : les autorités chinoises ont shamé des citoyens habillés en pyjama

La vidéosurveillance constante en Chine pose des problèmes de plus en plus inquiétants... et absurdes.

La vidéosurveillance en Chine, c’est comme une trottinette électrique mal garée à Paris : il y en a à tous les coins de rue. Outre les problèmes de liberté que cette omniprésence de caméras pose, c’est parfois l’intimité la plus extrême de certains citoyens chinois qui est violée publiquement.

Il y a deux ans, le pays comptabilisait 170 millions de caméras de vidéosurveillance, et il compte se doter de 400 millions de caméras de plus d’ici à fin 2020. Celles-ci carburent à l’intelligence artificielle pour reconnaître automatiquement l’identité des personnes captées. Cela aboutit parfois à des situations insolites, comme celle-ci, repérée par la BBC.

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Des représentants du gouvernement à Suzhou, dans la province de l’Anhui, ont publié des photos de sept personnes portant leur pyjama dans la rue, les accusant d’avoir eu un "comportement non civilisé". Les images prises par les caméras montraient non seulement le visage de ces citoyens, mais également leur nom, carte d’identité et autres infos personnelles.

Une liste officielle de "mauvais comportements"

Les responsables ont avancé que la ville participait à un concours national de "ville la plus civilisée" et que les résidents n’avaient, par conséquent, pas le droit de porter un pyjama en public. Ce même gouvernement local avait établi une liste de "mauvais comportements" exposée en ligne. On pouvait y lire, par exemple, le fait de "se coucher [sur un banc] de manière non civilisée" ou encore de distribuer des dépliants publicitaires.

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Ces photos de personnes en pyjama publiées en ligne ont déclenché la colère des habitants locaux. On retrouve bien évidemment quelques critiques sur l’intrusion dans la vie privée des concitoyens, mais beaucoup ont surtout rappelé qu’il n’y avait rien de mal à porter un pyjama en public.

Un peu plus tard dans la journée, les responsables du gouvernement "se sont sincèrement excusés", ajoutant : "Nous voulions mettre un terme aux comportements non civilisés, mais bien sûr, nous devons protéger la vie privée des résidents." Ces fonctionnaires ont déclaré qu’à l’avenir, ils flouteraient les visages pour ne pas porter atteinte à leur vie privée.

Toujours selon la BBC et les médias locaux, la ville de Suzhou n’en est pas à son premier fait d’armes : l’année dernière, le gouvernement local avait demandé aux habitants de lui rapporter des photos de "comportements non civilisés" en échange de 10 yuans (environ 1,30 euro).

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Par Pierre Bazin, publié le 22/01/2020

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