Crédit: Darpa

Le futur de la robotique autonome se joue en ce moment... au fond d'une mine

Du 15 au 22 août, 11 équipes vont envoyer leurs robots sous terre, dans l'objectif de cartographier des tunnels.

Depuis hier, près de Pittsburgh, en Pennsylvanie, onze robots sont en pleine bourre. Lâchés l’un après l’autre et pour la première fois dans une mine-laboratoire gérée par le National Institute for Occupational Safety and Health pleine de périls inconnus, ils vont tenter de se déplacer en terrain hostile, de cartographier un maximum de tunnels et d’identifier des objets, comme des mannequins, le tout sans aucune supervision.

La compétition, qui dure une semaine, est organisée par le Darpa, l’unité de recherche et développement de l’armée américaine. Son nom : le "Subterranean Challenge", plus familièrement le "SubT". Un challenge en trois manches, dont la première, le Tunnel Circuit et dure jusqu’au 22 août. Une fois sortis de la mine, s’ils en sortent, les robots iront se tirer la bourre dans des tunnels de métro pour l’Urban Circuit, en février 2020, avant de terminer par le Cave Circuit, dans des cavernes naturelles, en août de l’année prochaine. Oui, ça ressemble vachement à une coupe de Mario Kart, mais c’est bien plus important que ça.

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Pour le moment, aucune vidéo des concurrents n’a fuité, puisque l’événement est fermé au public et que les journalistes n’y auront accès qu’une seule journée. Cependant, en se basant sur un exercice d’entraînement réalisé en avril et sur les précédents concours du Darpa, on peut déjà prédire qu’il y aura beaucoup, beaucoup d’échecs, avec des robots qui tombent en panne, qui se perdent dans la mine ou qui plantent au bout de deux minutes, obligés d’être sauvés de l’obscurité et de la poussière par de courageux humains. Les premières images, révélées par les équipes elles-mêmes, sont pathétiques.

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Objectif : stimuler l’innovation

Rassurez-vous : c’est toujours comme ça, avec les compétitions robotiques. On rigole, on rigole… et puis d’un coup, on cesse de rigoler, et le problème est résolu. C’est même la raison d’être de ce genre de compétition : forcer des équipes de jeunes chercheurs, souvent affiliés à des prestigieuses universités américaines, à se réunir pour affronter un problème complexe. Et les récompenser de leur performance pour les faire revenir l’année suivante. Avec un prize money de 2 millions de dollars pour le Subterranean Challenge et 1,5 million de dollars pour son équivalent virtuel (oui, car pendant que certains construisent des robots dans de vrais tunnels, d’autres font la même chose dans des simulations), l’émulation est garantie.

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Et ça fonctionne : en 2004, le Darpa lançait le Grand Challenge, une course de voitures autonomes. À l’époque, personne ne pensait qu’un tel objet soit techniquement possible, et le résultat de la course a donné raison aux sceptiques — le meilleur véhicule fit 13 kilomètres sur un tracé de 240 kilomètres, et personne ne remporta le million de dollars promis. Mais l’armée a insisté : l’année suivante, pour 2 millions de dollars, cinq véhicules ont passé la ligne d’arrivée, rendant la voiture autonome concrète. La suite ? Uber, Waymo, Google, Tesla… et des carrières brillantes pour les pionniers de la voiture robot.

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L’armée, les secours… et la vie extraterrestre

Avec le Subterranean Challenge, l’armée américaine veut donc réunir des équipes de chercheurs, ingénieurs et programmeurs autour d’un autre problème : les robots autonomes capables de s’aventurer sous la terre. En développant "de nouvelles approches pour cartographier, naviguer et explorer rapidement des environnements souterrains", les équipes du Subterranean Challenge pourraient révolutionner la gestion des catastrophes naturelles, les méthodes de combat de la police et de l’armée (forcément, la Grande Muette y trouve toujours son compte)… voire la conquête spatiale.

Des robots autonomes capables de cartographier et de naviguer dans des crevasses et des tunnels ? La Nasa est plus qu’intéressée. À tel point que l’agence américaine s’est inscrite au concours. L’équipe CoSTAR, composée de près de 60 membres du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa, de Caltech, du MIT et de l’Institut supérieur coréen de sciences et technologies (plus connu sous l’acronyme KAIST), va fournir son propre robot-tank sur chenilles, bardé de senseurs (lidar, sonar, caméras et interfaces de communication). Un autre prototype, Drivocopter, capable de rouler et de voler, rejoindra la compétition plus tard. Pourquoi un tel intérêt pour les souterrains ? Car sur Mars, comme sur de futures exoplanètes, c’est là, loin des radiations UV, que la vie a le plus de chances de se développer. Autant s’entraîner sur Terre dès que possible.

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Par Thibault Prévost, publié le 16/08/2019

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