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Le Royaume-Uni investit dans des satellites GPS low-cost et se complique bien la vie

Publié le

par Pierre Bazin

Depuis le Brexit, le gouvernement britannique rêve d'une force spatiale rayonnante... C'est pas gagné.

Boris Johnson vise la lune et ça ne lui fait pas peur. Le Premier ministre du Royaume-Uni a fait de l’espace une nouvelle priorité pour son pays. Un article de Wired dresse le bilan de la nouvelle "course à l’espace souverain" que la Grande-Bretagne est en train d’initier.

En effet il y a du mouvement à Londres et dans la stratosphère. En 2020, Boris Johnson a ainsi augmenté le budget de l’agence spatiale britannique de 10 %, le portant à 556 millions de livres sterling (environ 616 millions d’euros).

À l'origine, l’Union européenne a lancé l’initiative Galileo et le Royaume-Uni y avait déjà investi 1,4 milliard de livres sterling. Le projet doit servir à générer un signal de positionnement précis réservé aux militaires et aux situations d’urgence.

Avec le Brexit, l’UE a décidé de couper ce signal en Grande Bretagne (avant même sa mise en service), estimant qu’il était réservé aux pays membres.

Ainsi après avoir quitté l’Union européenne, le Royaume-Uni a l’ambition d’également s’affranchir des systèmes de satellites européens. Problème : n’est pas Elon Musk qui veut, les coûts et opérations des investissements spatiaux ne doivent pas être pris à la légère.

Ce mois-ci, le gouvernement britannique a décidé d’acheter l’entreprise de lancement de satellites OneWeb pour la modique somme de 385 millions de livres sterling (environ 426 millions d’euros). Le petit "hic", c’est que cette entreprise a fait banqueroute en mars 2020 et c’est le tribunal des faillites américain qui s’est chargé de la vente.

OneWeb avait été lancé à Londres en 2012 avec l’objectif d’apporter Internet dans les zones rurales les plus reculées du monde. Jadis concurrente de SpaceX et d'Elon Musk, l’entreprise n’a malheureusement réussi qu’à lancer 74 de ses 648 satellites prévus avant de faire faillite.

C’est la taille qui compte (et la hauteur)

Malheureusement, l’objectif de souveraineté spatiale semble mal parti, aussi bien outre-Manche qu’outre-atmosphère.

En effet, OneWeb exploite… de minuscules satellites qui vont trop bas. Avec des dimensions d’un mètre sur un mètre et orbitant à seulement 1 200 kilomètres de la Terre, ce sont de petits joueurs. À titre de comparaison, les satellites servant aux principaux systèmes de localisation sont bien plus grands et orbitent surtout à des altitudes de 20 000 km.

Le Royaume-Uni a-t-il donc acheté un lot de satellites de mauvaise facture ?

En réponse à la tempête de critiques, Alok Sharma, secrétaire d’État aux Affaires britannique a qualifié l’investissement de "géopolitique", niant la mise en place d’un système rival à l’UE ou aux États-Unis. Le Dr. Serge Plattard, premier directeur historique (2004) de l’Institut européen de politique spatiale, pense voir là une stratégie spécifique :

"L’acquisition de OneWeb s’est peut-être faite dans l’optique de s’assurer que cette constellation de satellites ne soit ni rachetée par Amazon par exemple, ni servie aux Chinois sur un plateau d’argent, augmentant ainsi massivement leurs capacités Internet."

Une souveraineté spatiale complexe et coûteuse

Le Royaume-Uni, privé de l’Europe, paraît mal préparé pour un le "New Space Deal" auquel Boris Johnson semble aspirer. La "commission parlementaire sur les relations futures avec l’Union européenne" a estimé que la construction d’un système spatial souverain coûterait entre 3 et 5 milliards de livres sterling, et que cela pourrait prendre jusqu’à cinq ans.

Sa’id Mosteshar, directeur du London Institute of Space Policy and Law confie ses inquiétudes :

"Nous sommes dans un état assez incertain en ce qui concerne l’avenir de l’industrie spatiale britannique. […] Notre plus grande industrie spatiale, en termes de fabrication, c’est Airbus, une entreprise française donc. Beaucoup de choses sont susceptibles de changer lorsque nous quitterons complètement l’UE."

Le secteur spatial britannique se dit cependant prêt à "déclencher une vague d’innovation supplémentaire à travers le pays", selon un porte-parole du gouvernement britannique. Une pléthore de nouvelles initiatives se sont multipliées dans le pays, à commencer par un projet de constructions (à 22 millions de livres) d’un spatioport à l’aéroport de Newquay, dans les Cornouailles. Un site de lancement à Sutherland (sur la côte nord écossaise) est également en discussion – un projet à seulement 17 millions de livres.

Pour rappel, le Royaume-Uni n’a jamais construit une seule fusée porteuse de satellite. Le dernier projet, "Black Arrow", remonte à 1971 et a été finalement rapidement abandonné. Le pays devra donc réussir l’exploit d’amorcer une transition "New Space" vers cette industrie complexe à condition d’avoir, sans l’aide de l’UE, les cerveaux et hautes qualifications en réserve.

Côté GPS, le Royaume-Uni explore encore des alternatives possibles à Galileo. En septembre dernier, le gouvernement a annoncé le lancement du programme "Space-Based Positioning Navigation and Timing" destiné à trouver de nouvelles façons de fournir un nouveau service sécurisé de navigation par satellite. Bleddyn Bowen, maître de conférences en politique spatiale à l’université de Leicester, explique :

"[Le gouvernement a] fait beaucoup de bruit sur l’espace […] Nous verrons où cela nous mène. […] La question mérite définitivement d’être posée mais nous ne savons tout simplement pas où OneWeb va s’intégrer dans tout cela."


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