Le prototype de Facebook pour sa future interface?

Crédit: Facebook

Le système de communication par la pensée de Facebook avance (très doucement)

Malgré une nouvelle méthode de décodage de mots via des électrodes implantées, le chemin qui reste à parcourir est immense.

Communiquer sur les réseaux sociaux à la seule force de la pensée, pour se débarrasser définitivement des interfaces digitales : l’idée vous mettra peut-être mal à l’aise, mais chez Facebook, on met tout en œuvre pour y parvenir. En avril 2017, Regina Dugan, ancienne directrice du laboratoire de recherche de l’armée américaine (le fameux Darpa) passée par Google avant d’atterrir chez Facebook, annonçait que le réseau social travaillait déjà à développer de nouveaux modes de communication qui remplaceraient à la fois le clavier d’ordinateur et la parole.

Ces dispositifs, appelés "interfaces cerveau-machine" ou ICM, doivent être à terme capables de lire, décoder et restituer nos pensées aux machines, instantanément et fidèlement. Pour être adoptés massivement, ils doivent en outre être totalement non-invasifs (comprenez "utilisables sans avoir besoin de se faire trépaner au préalable") et portables. La première étape, expliquait alors Dugan, était de développer dans les deux ans un système capable de faire taper à quelqu’un 100 mots par minute sans bouger le petit doigt. Soit cinq fois la vitesse à laquelle nous tapons sur notre téléphone. Pour y parvenir, Facebook montait une équipe de 60 ingénieurs et chercheurs.

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Une idée de la distance à parcourir

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Le 30 juillet, le projet fait de nouveau parler de lui. Sur son blog, Facebook partage les travaux d’une équipe de chercheurs de l’université de Californie (UCSF), financée par Facebook Reality Labs, qui portent sur le décodage de mots à partir de l’activité cérébrale de patients souffrant de dommages neurologiques qui affectent leur capacité de diction. La méthode, publiée dans la revue Nature Communication, permet à une machine de "lire" plus rapidement des mots, voire des phrases entières exprimées par un patient, via une méthode prédictive.

Habituellement, les interfaces cerveau-machine existantes (car oui, elles existent déjà) obligent ceux qui les portent à épeler les mots, à voix haute, via un clavier virtuel. Ça fonctionne, mais c’est très, très lent — jusqu’à 70 minutes pour une phrase, explique Emily Mugler, l’une des chercheuses du projet. La méthode dévoilée par Edward Chang et David Moses permet, elle, de décoder et de lire un petit ensemble de mots et de phrases en temps réel.

Comment ? Via un algorithme de prédiction, explique The Verge, qui avait au préalable enregistré l’activité cérébrale des zones liées au langage et à la compréhension pendant que les sujets répondaient à un questionnaire à choix multiples. En écoutant à la fois les questions posées et les réponses formulées, le système était ensuite capable de prédire la réponse des participants avec 61 à 76 % de précision. Oui, c’est peu, d’autant que le système ne fonctionne que sur un tout petit ensemble de données : 9 questions, pour 24 réponses possibles. Et que les électrodes étaient implantées sous le scalp des patients, pendant qu’ils se préparaient à une lourde intervention chirurgicale contre l’épilepsie.

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Deux ans après l’annonce tonitruante de Regina Dugan, la recherche est donc très loin d’un système portable et non-invasif capable de décoder 100 mots par minute (même si Facebook travaille sur un casque qui utilise un spectre de lumière proche de l’infrarouge pour enregistrer l’activité cérébrale). Quelque part, c’est plutôt rassurant de se dire que la recherche en neurosciences avance très lentement et que les défis techniques sont considérables : sommes-nous seulement prêts à imaginer l’impact d’une technologie de décodage des pensées arrivée à maturation et placée dans les mains de multinationales de la donnée comme Facebook ? Probablement pas, tant que le casse-tête de la régulation ne sera pas résolu. En l’état, décoder quelques mots est déjà une prouesse, qui promet de révolutionner les mondes de la réalité virtuelle et augmentée, voire de changer la vie de patients atteints de maladies neurodégénératives. Tant pis pour nos rêves de télépathie.

Par Thibault Prévost, publié le 31/07/2019

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