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On est allé voir une expo d’art porno générée par une intelligence artificielle

Publié le

par Benjamin Bruel

(c) U2P050

Vous avez bien lu.

Des bruits chelous, qui semblent être un mélange de crissements et de cris de jouissance, sortent d’une vieille enceinte de mauvaise qualité installée derrière mon oreille droite. J'ai le cul engoncé sur vieux siège au cuir noir élimé, dans une petite pièce sombre et défraîchie.

Dans la cabine d’à côté, à un peu plus d’un mètre, j’entends de temps à autre un vieux bonhomme se tripoter le knaki et les bruits de son porno me crachent aux tympans. C’est un peu angoissant, un peu étrange et un peu fun. C’est aussi ma première exposition depuis un an. Dans une cabine de visionnage d’un sex-shop de la rue Saint-Denis, à Paris.

(c) Konbini Techno

Ce que je regarde, depuis mon siège antique, c’est un film porno. Il est toutefois un peu différent de celui que mon camarade voisin. Derrière le Plexiglas qui protège l’écran, je ne distingue ni vagins, ni seins, ni verges – ou à peine, malgré mes tentatives répétées –, juste des formes, des peaux et des fluides qui se mêlent sans cesse, dans un tourbillon d’images lancinantes et mécaniques.

C'est le studio de création u2p050, en résidence à la Gaîté Lyrique, qui a mis au point cette exposition vidéo d’art porno, cherchant à mêler "philosophie et technologie". Porn-O-Topie, c’est le nom de l’œuvre, donne un point de vue "machinique" au porno, selon les dires de deux membres du studio, Hugo et Félix, rencontrés après mon visionnage dans un coin de rue faute de cafés ouverts.

"L’intelligence artificielle n’a jamais vu d’images réelles, elle ne traite que des données", m'expliquent-ils. La base de données utilisée par le programme compile 3 000 images, toutes issues de vieux pornos gonzos allemands. L’IA traite les données et les utilise un peu à sa manière, c’est-à-dire sans que les artistes ne cherchent à donner des formes faisant sens à nos yeux humains.

(c) Konbini Techno

Ce porno réalisé par machine, c’est une manière de "voyager à travers l’univers médiatique du porno" en reprenant des antiquités – les vieux gonzos amateurs – à l’heure de Pornhub, dans un endroit qui date lui aussi d’un autre temps – une cabine dégarnie d’un vieux sex-shop. Le son, que je croyais être laissé au hasard, a en fait été pris par un stéthoscope attaché à un micro-cravate, qui a enregistré les battements de cœur d’amants complices pendant leurs ébats.

Dans ma cabine de visionnage porno de la rue Saint-Denis, j’ai passé un moment à la fois glauque et envoûtant. Un peu drôle aussi, dans un endroit qui respire l’authenticité sale d’un Paris que l’on a tendance à oublier. Allez-y la braguette fermée et les yeux ouverts, pour sortir un brin de la morosité des expos que l’on a oubliées.

L’exposition "Porn-O-Topie" est à voir dans l’une des cabines du Love Shop, au 283 rue Saint-Denis, à Paris, pour 8 euros jusqu’au 30 avril. Des VHS et DVD du film sont également en vente.

(c) Konbini Techno


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com

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