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L'Arabie saoudite rêve d'une ville futuriste avec robots, dinosaures et alcool

Parce que construire des voitures volantes, c'est quand même plus facile que d'améliorer les droits des femmes.

Pour le prince héritier de la couronne saoudienne Mohammed Ben Salman, la ville du futur se trouvera, comme Dubaï, dans le désert. Le projet, baptisé Neom, était connu depuis 2017. On savait qu’il était question de créer la cité "la plus 'vivable' qui soit grâce aux plus grands esprits et talents de ce monde". Prix du projet ? 500 milliards de dollars. C’était il y a deux ans et depuis, pouf, plus rien.

Ce silence a une explication. Pour développer son projet, le royaume a besoin de grands investisseurs mondiaux. Or, certains d’entre eux ont été révulsés par l’affaire Khashoggi, ce journaliste torturé puis découpé à la scie sauteuse par le régime.

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Certains pays avaient entrepris dans un premier temps de boycotter la conférence mondiale qui avait pour but d’ouvrir le projet aux investissements. Ce "Davos du désert", prévu du 23 au 25 octobre, s’était donc avéré être un échec, un retardement dans les plans de la couronne saoudienne. Cependant, le gotha des affaires ne pouvait durablement se désintéresser d’un pays qui inonde la planète de pétrodollars, ils l’ont seulement fait plus discrètement.

Aujourd’hui, le projet revient sur le devant de la scène après que le Wall Street Journal a eu accès à près de 2 300 pages de travaux préparatoires pour la construction de ce fantasme tiré tout droit d’un roman de SF. Au programme : combats de robots, voitures volantes et lune artificielle, le tout sur une surface plus large que la Bretagne (25 000 km²).

De la dystopie au rêve puéril

La ville relève finalement davantage de la dystopie (avec, par exemple, des caméras de surveillance gérées par intelligence artificielle à chaque coin de rue) agrémentée d’un soupçon de puérilité infantile (grand parc avec des dinosaures robotiques !). OKAYYY.

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Vous en voulez encore ? Voici quelques autres pépites mentionnées par le WSJ :

  • Une fabrique à nuages pour faire venir la pluie dans le désert.
  • Des manipulations génétiques pour créer un nouveau genre humain, plus intelligent et plus fort.
  • Des robots, partout, qui feraient toutes les corvées à votre place. Ce qui vous donnerait tout le loisir d’aller voir des matchs de robots en cage ou de vous faire servir au bar par d’autres robots.
  • Des taxis volants : parce que les routes et les trottoirs, c’est totalement has-been !
  • Une lune artificielle qui ne servirait strictement à rien : là, c’est encore plus mystérieux, elle pourrait être constituée par une flotte de drones ou être "projetée" depuis l’espace.

Et pourquoi pas autoriser l’alcool ?

On sait que l’Arabie Saoudite continue d’interdire la consommation d’alcool, de punir l’homosexualité et de restreindre les droits des femmes. Certains passages du rapport laisseraient sous-entendre que le régime juridique de la nouvelle cité pourrait être plus laxiste. Ces aménagements résultent de la volonté d’attirer les marchés internationaux dans le pays.

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Qu’il vous attriste ou vous excite, ce projet est représentatif de la réalité économique dans laquelle sont plongés les pays pétroliers : des nations installées dans le désert, tirant tout leur argent du pétrole et qui tentent de devenir des Eden technologiques de demain avant qu’il ne soit trop tard.

Avec Neom, la vraie question qui ressort est celle-ci : peut-on s’acheter un nouveau futur ?

Par Bertrand Steiner, publié le 02/08/2019

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