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Mais c’est quoi le problème avec le site Tipeee ?

Publié le

par Benjamin Bruel

Au cœur d’une polémique, les gérants de Tipeee défendent les créateurs "borderlines" hébergés sur la plateforme.

La plateforme de financement participatif française Tipeee est dans la tourmente depuis plusieurs jours suite à une interview de ses deux cofondateurs diffusée dans le documentaire Fake news, la machine à fric de Complément d’enquête, une émission diffusée sur France 2. De nombreux créateurs ont annoncé quitter Tipeee, qui permet d’envoyer un pourboire (régulier ou ponctuel) à une page. Qu’est-ce qui coince ?

La séquence met en scène Michael Goldman, fondateur de la plateforme en 2013, et Jonas Mary, chef de projet de Tipeee, assis sur un canapé, face à la caméra. Ceux-ci sont interrogés sur la présence de créateurs controversés sur leur site, à l’instar des créateurs du documentaire complotiste Hold Up, qui prétendait dévoiler la face cachée de l’épidémie et dont les propos ont été largement débunkés depuis. Un certain nombre d’autres pages de personnalités du Web complotistes ou tenant des propos carrément antisémites sont cités par les journalistes. La séquence de quelques minutes est disponible ci-dessous.

Ce qui coince, c’est la réponse de Michael Goldman. "J’assume tout ce qu’il y a sur ce site, du plus antisémite au moins antisémite, et du plus complotiste au moins complotiste", répond l’intéressé. Il détaille : "Tant que ces gens-là n’ont pas été condamnés par la justice pour ce qu’ils disent, je ne vois aucune raison valable et morale de les enlever du site et je leur dis même qu’on fera en sorte de les défendre sur le site." Complément d’enquête souligne enfin que Tipeee a gagné plus de 10 000 euros de commission grâce à la seule page de Hold Up.

Suite à ces propos, notamment la première phrase citée plus haut de Michael Goldman, de nombreux créateurs ont annoncé sur les réseaux sociaux quitter la plateforme, comme le streamer ExServ, Nicolas Catard de la chaîne The Grand Test et d’autres. Nos confrères de Numerama ont d’ailleurs discuté avec certains d’entre eux.

La question centrale est celle de la responsabilité morale du site : Tipeee, lors de cette interview, avance un argument juridique. "Si les personnalités et créateurs critiqués pour leurs propos ne sont pas condamnés par la justice, pourquoi refuserions-nous de les héberger sur Tipeee ?", disent en substance Michael Goldman et Jonas Mary. Un argument qui ne tient pas pour certains, considérant qu’une plateforme Web a une responsabilité vis-à-vis de ce qu’elle héberge. Pourtant, les réseaux sociaux, YouTube, Facebook ou Instagram en tête, sont aussi parfois critiqués pour leurs choix arbitraires en matière de contenus hébergés ou supprimés.

Michael Goldman a publié sur YouTube une courte vidéo explicative suite à la diffusion du reportage. "Notre point de vue, c’est que si ce n’est pas condamné ou condamnable juridiquement, on ne les vire pas […]. Vous comprenez bien qu’on ne peut pas virer tout ce qui ne nous plaît pas, ce serait même contre-productif", explique-t-il. Il affirme par ailleurs que lorsque les réseaux sociaux suppriment les pages et créateurs problématiques, c’est parce que "c’est plus rentable de le faire" et que les pages citées par Complément d’enquête représentent une infime partie des personnes présentes sur Tipeee.


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