AccueilSociété

Quelle est la probabilité de me faire arnaquer sur Kickstarter ?

Publié le

par Nina Iseni

© Justin Paget / Getty

Un de nos lecteurs s’est fait roulé, nous avons mené l’enquête.

Il y a près d’un an, nous avions publié un article sur le lancement Kickstarter de la CouchConsole, un petit plateau modulable 100 % gamer bien pratique et disruptif à souhait pour y ranger télécommande, manettes, snack et boisson.

© Couch Console/Ebite Inc.

Des semaines plus tard, nous avons reçu un e-mail d’un de nos lecteurs qui l’avait commandée… et n’a reçu aucune nouvelle de la part du fabricant depuis son achat. Ce financement sur Kickstarter avait l’air d’être une belle arnaque. On s’est posé une question toute bête : les crowdfundings sur Kickstarter sont-ils risqués ? Voici ce que l’on a compris.

Le succès de la CouchConsole

Commençons par le commencement. Le 8 décembre 2020, une entreprise mystérieuse et peu présente sur Internet, baptisée Ebite Inc., lance sa fameuse CouchConsole sur Kickstarter, la plateforme de financement participatif américaine créée en 2009.

Le principe du crowdfunding est simple : on donne de l’argent pour un projet en échange d’une "récompense" ("reward") de la part du fabricant. Parmi les grands succès de la plateforme, on retrouve par exemple le jeu de cartes Exploding Kittens ou encore le jeu vidéo Wasteland 2.

Le 6 février 2021, après plusieurs mois de campagne, Ebite Inc. annonce sur Kickstarter avoir atteint son objectif. Le projet est financé : près de 16 500 contributeurs ont versé plus de 2 millions de dollars dans la CouchConsole. Sur son site, Ebite Inc. se félicite par ailleurs d’avoir "battu un record" en ayant l’un des "objets les plus financés sur la plateforme".

En apparence donc, tout semble normal. La campagne de communication autour du produit est impeccable, les visuels sont beaux, et, sur YouTube, les différentes publicités impressionnent par leur côté professionnel. Rien ne nous met la puce à l’oreille et ce jusqu’au 12 novembre 2021, date à laquelle nous recevons un e-mail de la part d’un lecteur.

Une arnaque bien ficelée ?

Dans l’e-mail en question, le lecteur nous informe qu’il a commandé la CouchConsole deux mois plus tôt. Sans nouvelle de la part du fabricant, il décide d’envoyer plusieurs e-mails ainsi que des messages privés sur Facebook. Au total, près d’une vingtaine qui restent sans réponse. Le lecteur nous précise qu’au moment de son achat, il a directement été prélevé.

Il nous informe également que sur la page du projet, des dizaines de personnes ayant commandé la CouchConsole sont dans la même situation. Effectivement, on retrouve des centaines de commentaires de "backers" du monde entier se plaignant de n’avoir aucune nouvelle de leur commande. Entre problèmes de suivi de colis et absences de numéros de traçabilité, certains attendent leur commande depuis des mois.

Parmi les commentaires, certains affirment cependant avoir bien reçu leur commande, d’autres se plaignent que ces dernières ne sont pas complètes et qu’il manque des pièces. D’autres encore dénoncent un drop shipping de Chine, un micmac impressionnant. Les commentaires continuent d’abonder à l’heure où nous rédigeons cet article. Le fabricant prend la peine de répondre à certains commentaires, mais les réponses ont l’air d’avoir été générées automatiquement.

Kickstarter se dédouane, les backers payent l’addition

Ni une, ni deux, nous nous empressons d’envoyer un e-mail à Kickstarter ainsi qu’à CouchConsole pour tenter d’élucider cette affaire. Dans notre e-mail, nous relatons l’échange que nous avons eu avec le lecteur et nous demandons à la plateforme si elle a des informations quant à une possible arnaque de la part de CouchConsole.

Nous recevons une réponse. Kickstarter nous explique qu’ils ne sont malheureusement pas responsables ("Kickstarter n’est pas un magasin") et nous précise que plusieurs compagnies rencontrent actuellement des problèmes de retards de livraisons, un effet secondaire de la pandémie de Covid-19. Après vérification, Kickstarter suggère que CouchConsole fait partie de ces entreprises qui peinent à "absorber les retards de livraison". Kickstarter ajoute :

"Plus de 200 000 projets ont été financés sur Kickstarter, et le gros de ces créateurs complètent leurs projets comme promis. Mais nous avons pour objectif d’être le plus clair possible quant au fait que certains projets ne se déroulent pas sans encombres. Il y a quelques années, nous avons invité un professeur de l’université de Pennsylvanie à réaliser une étude sur l’aboutissement des différents projets. Il a trouvé que seulement 9 % des projets ne livraient pas leurs récompenses."

Des résultats rassurants ?

"Seulement 9 %" : le chiffre paraît tout de même conséquent. Dans l’étude, on peut également lire que 35 % des contributeurs reçoivent leur récompense avec du retard et que la catégorie "technologie" est l’une de celles connaissant le plus "d’échecs au sens large". "En définitive, il ne semble pas y avoir un problème d’échec (ou de fraude) systématique sur Kickstarter, et une grande majorité des projets semblent réussis", conclut l’étude.

Malgré cette étude indépendante, qui se veut rassurante, ce ne serait pas la première fois que Kickstarter rencontre des problèmes avec les projets. En 2017, une campagne du nom d’Edible Cutlery avait vu le jour. Depuis, aucune nouvelle du créateur : les contributeurs n’ont pas été remboursés et des groupes sont nés sur les réseaux pour dénoncer ces dérives.

Quoi qu’il en soit, notre lecteur a heureusement été remboursé après notre intervention. Ce n’est malheureusement pas le cas d’autres backers. Notre e-mail envoyé à CouchConsole est resté sans réponse.


Pour nous écrire : hellokonbinitechno@konbini.com.

À voir aussi sur techno :