Je n’ose jamais le dire aux gens mais je n’aime pas mon anniversaire

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Je n’ose jamais le dire aux gens mais je n’aime pas mon anniversaire

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Par François Faribeault

Publié le , modifié le

"Tu fais quoi pour ton anniversaire ?"

Sur les 365 jours de l’année, j’en apprécie 364. Tous ces jours sont l’occasion pour moi de célébrer la vie, l’amitié, l’amour et les cinq fruits et légumes préconisés par le ministère de la Santé. Je fais du vélo, de l’escalade, je rigole, je pleure, je regarde des vidéos, je lis des livres et je répands la joie de vivre dans mon entourage. Mais il existe une journée dans l’année qui me met mal, et hélas, c’est une journée qui m’est consacrée : mon anniversaire.

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“Joyeux anniversaiiiiire”

“Merci, merci, ça fait plaisir.” Voilà ma réponse. Je conçois que cette dernière est faible en vitamines, mais c’est un fait : pour moi, c’est la journée de l’angoisse. Enfin, pas vraiment de l’angoisse, car j’ai 34 ans et que j’ai déjà bossé sur cette problématique, mais en effet, déjà quelques jours avant mon anniversaire, je ressens une gêne. Et le jour J, c’est pareil. Ne vous méprenez pas, ce n’est aucunement à cause de mon âge. J’adore vieillir, et j’ai hâte d’être bien vieux afin qu’on me prémâche mes aliments avant que je les avale. Avec du recul, je pense que je n’apprécie pas qu’on s’arrête sur ma personne uniquement parce que j’ai eu la chance de naître ce jour-là. Ça ne vaut pas le coup, attendez au moins que je sorte un roman best-seller pour me féliciter et me faire des accolades.

Toute cette attention qui débarque comme une vague que je suis incapable de surfer, c’est trop pour moi. Au final, je n’accepte que les messages écrits, ainsi que les câlins de ma copine, ma famille et quelques amis triés sur le tas. Mais le pire reste à venir : la célébration.

“Tu fais quoi pour ton anniversaire ?”

Rien. Je ne fais rien. Peut-être que ma copine me préparera un petit truc (genre des flageolets et du pain), mais c’est tout. Je suis un joueur de côté, de périphérie, je n’aime pas être au centre de l’attention. L’injonction sociale à célébrer ma naissance ne me convient pas, donc pas de soirée dans un bar avec un lino qui colle aux pieds, pas de potes dans l’appart qui écrasent leurs clopes sur mon tapis, et encore moins de cagnottes qui cassent les mollets à tout le monde. J’aime partir tôt des soirées, et savoir que je ne pourrais pas quitter ma propre fête d’anniversaire à 22 heures m’extermine le cul.

Alors, le mieux pour moi, c’est un petit repas de famille, car j’aime la cuisine de mon papa, et quelques cadeaux, genre un jeu vidéo, de l’argent pour acheter une maison, la santé pour mes proches et la paix dans le monde. Au final, ce que je fais concrètement le jour de mon anniversaire, c’est apporter ma force de travail à mon entreprise, augmenter le PIB de la France et redorer le blason de la République.

“Mais du coup, on oublie ton anniversaire ?”

Je n’en voudrai jamais à qui que ce soit de me souhaiter un joyeux anniversaire. Les gens adorent répandre de la joie et de l’amour, leur intention est réellement bonne et sincère, et je ne suis personne pour juger, je n’ai même pas ma première année de droit. Tout le monde adore les anniversaires, moi le premier, juste pas le mien.

Alors, pour arrêter de subir cette journée, j’essaie de profiter de ce qu’on m’offre, sans rien demander ni avant ni après. Aussi, peut-être n’ai-je pas encore trouvé la manière dont j’aimerais célébrer mon anniversaire ? Au lieu d’un bar, d’une salle des fêtes ou d’un dîner à l’appart, peut-être un goûter dans un parc ? Peut-être une fête où je ne suis pas le personnage principal ? Peut-être un moment seul avec moi-même à continuer à écrire mon roman ? Peut-être juste un bon moment passé avec ma moitié à manger des flageolets et du pain ?

Je me laisse le temps de m’améliorer sur cette problématique, même si elle n’est pas si importante que ça, finalement. Par contre, pour le reste de l’année, c’est que du bonheur, faites-moi des surprises et offrez-moi des cadeaux, je suis méga-preneur.